
« Interruption » de Sandra Vizzavona, plaidoyer pour l’IVG
Les Editions Stock publient Interruption, un recueil de témoignages de femmes ayant avorté. Edifiant et important, ce livre rappelle l’importance fondamental d’un droit encore et toujours mis à mal dans la société contemporaine.
Recueil de témoignages
Il y a des expériences trop intimes pour être exposées, pour être racontées. L’avortement en fait souvent partie. Il y a peut-être la gêne, la douleur du souvenir. Il y a peut-être aussi la honte, peu importe son origine. Les femmes qui ont avorté se confient peu sur ce qu’elles ont vécu, sur comment elles l’ont vécu. Sandra Vizzavona publie aux Editions Stock un recueil de récits de femmes qui ont avorté, recueillant leurs paroles et leurs ressentis sur cette expériences dramatique, pour reprendre les mots de Simone Veil, le jour de son discours pour le droit à l’IVG donné devant l’Assemblée Nationale en 1974, un parterre presque exclusivement composé d’hommes*.
Sandra Vizzavona est avocate. Elle aussi a eu recours a un avortement, par deux fois, même, avant de désirer vraiment un enfant, et garder celui dont elle tombera enceinte plus tard. Ces deux avortements (et particulièrement le premier), elle le décrit comme un évènement traumatique, un moment de solitude extrême. Lasse d’entendre les discours préfabriqués sur la question, elle a ressenti le besoin d’écouter les femmes. De connaître celles qui, comme elle, étaient passés par là.
Un droit fragile
L’avocate n’a pas eu à chercher très loin pour trouver des femmes l’ayant vécu aussi, cet évènement là. Elles étaient partout autour d’elle en réalité, des amies, leurs petites sœurs, des rencontres hasardeuses. Les femmes qui ont avorté sont partout dans la société et pourtant, on ne les entend guère. Quand on avorte, on ne le dit pas, on le garde pour soit, comme une épine dans le pied parfois, rendue coupable par une société qui ne cesse de rappeler la fragilité de l’entreprise. Rappelons par exemple qu’il y a quelques jours, l’IVG est devenu quasiment totalement interdit en Pologne. L’IVG est aussi tu en raison d’un personnel médical qui, c’est fréquent, se permet des remarques, des froideurs, de l’ignorance, là où il devrait y avoir de la bienveillance et de l’accompagnement.
« Ce droit est fragile et son histoire s’accompagne du chant lancinant d’un retour en arrière qui demeurera toujours possible », écrire Sandra Vizzavona, consciente de ce que nous savons toutes. Ils sont nombreux, ceux qui voudraient voir ce droit détruit, ceux qui marchent encore parfois, pour exiger qu’on retire aux femmes un droit qui leur est fondamental. “N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant », écrivait Simone de Beauvoir.
Interruption, L’avortement par celles qui l’ont vécu, Sandra Vizzavona, Editions Stock, 112 pages, 17€.
Date de parution : 03/02/2021
* « Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame », Simone Veil, 26 novembre 1974.