Fictions
« Un paquebot dans les arbres » de Valentine Goby : le panache des tubards

« Un paquebot dans les arbres » de Valentine Goby : le panache des tubards

21 juillet 2016 | PAR Géraldine Bretault

Publiée depuis 15 ans, récompensée par un Prix des Libraires en 2014 pour Kinderzimmer, Valentine Goby tisse patiemment une bibliographie qui ne craint pas d’aborder des thématiques historiques fortes. Un paquebot dans les arbres nous conduit à la rencontre des derniers « tubards » pendant les Trente Glorieuses.

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Les mots « tuberculose », « sanatorium » ont le pouvoir de nous ramener instantanément dans un passé révolu, au chevet d’une maladie oubliée, autrefois sublimée sous la plume de Thomas Mann (La Montagne magique), Alexandre Dumas (La Dame aux Camélias), Boris Vian (L’Écume des jours), et tant d’autres.

Or si le bacille tueur est connu depuis 1882, la mémoire collective a oublié le sort des derniers malades, comme celui de ce couple de commerçants que l’auteure installe à La Roche-Guyon à l’aube des années 1960.

S’inspirant de l’histoire familiale d’Élise Bellion, Valentine Goby redonne vie à ces individus délaissés par l’ensemble de la société, rappelant la cruauté du système de la Sécurité sociale de l’époque, où seuls les salariés ou presque bénéficiaient d’une protection et d’un accès aux soins.

Emboîtant le pas à Mathilde, la fille de ces commerçants, l’auteure nous plonge dans sa réalité sociale avec une précision méticuleuse qui n’est pas sans rappeler les très belles pages d’Annie Ernaux sur son enfance, comme dans La Place. Toutefois, l’écriture de Goby n’est pas si blanche, et l’émotion affleure même avec un certain lyrisme, à mesure que se tissent et se détissent les liens entre Mathilde et son père, sa mère, son frère. Seule la sœur aînée est laissée en marge du récit, puisque telle était sa place, dans cette histoire embrassée à son corps défendant par son héroïne.

Sans jamais verser dans le misérabilisme, la plume sensible de l’auteure nous conte surtout l’émancipation déterminée de son héroïne, et le prix qu’il lui en coûte. Peut-être peut-on seulement regretter l’insistance un peu maladroite et artifcielle avec laquelle l’auteure tente d’inscrire la guerre d’Algérie dans le destin de ses personnages.

« Il attrape la poupée, la fait tourner contre son cœur ; je le vois, le garçon aux oreilles décollées, aux genoux cagneux, on l’appelle l’orphelin, il change chaque année de famille d’accueil depuis la mort de sa mère à l’âge de douze jours ; dans l’ombre des platanes il entame une danse minuscule avec une poupée cul-de-jatte, il est comme ça, poreux à toutes les peines et doué pour la joie, d’ailleurs il siffle tandis qu’il tourne sur lui-même, tout doucement, il mène et la danse et l’orchestre. » p. 16

 

Un paquebot dans les arbres, Valentine Goby, Éditions Actes Sud, 271 pages, 19,80 €, parution le 17 août 2016.

 

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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