Fictions
« Sous le ciel des hommes » de Diane Meur: une fresque sociologique

« Sous le ciel des hommes » de Diane Meur: une fresque sociologique

26 août 2020 | PAR Chloé Hubert

Avec son nouveau roman Sous le ciel des hommes aux éditions Sabine Wespieser, Diane Meur sonde avec bienveillance et ironie le quotidien des habitants de l’imaginaire grand-duché d’Éponne. Ils sont écrivain, éditeur, commercial, femme de ménage ou réfugié, et croqués dans ce roman qui prend la forme d’une véritable fresque sociologique.

Une véritable fresque sociologique

Le roman se situe dans le grand-duché d’Éponne, lieu imaginaire entre les montagnes où se décident les accords financiers. La vie y est tranquille et à peine est-elle perturbée par l’arrivée de migrants. S’il en est question, ils ne sont toutefois que des personnages parmi d’autres dans cette grande fresque sociologique que dépeint l’autrice. C’est en ces mots que nous pourrions tenter de résumer ce livre sans véritable intrigue, si ce n’est celle de chaque personnage, qui se recoupent et se croisent parfois. C’est l’histoire de Jean Marc Feron, un reporter de guerre qui se lance dans l’écriture d’un roman sur sa cohabitation avec Hossein, un réfugié qu’il héberge sans lui faire part de ses intentions. C’est aussi l’histoire d’une bande d’anticapitalistes qui ont pour projet d’écrire un pamphlet politique : Remonter le courant. C’est davantage en se laissant porter par le courant qu’en le remontant que Diane Meur s’intéresse peu à peu à chaque personnage qui en côtoient d’autres et sur lesquels elle s’arrête à son tour. C’est aussi l’histoire de Sylvie, l’amante de Jérôme qui est le leader de la bande, de Samira, la femme de ménage de Sylvie, de Ghoûn, un réfugié que cette dernière fréquente…

Un roman comme un mille-feuille

Ce roman se présente comme une coupe dans un mille-feuille, qui permet de voir les différentes couches qui composent la société de ce grand-duché : des éditeurs fortunés aux écrivains à succès en passant par des intellectuels de gauche qui côtoient des cadres supérieurs du luxe, des profs, des libraires, des femmes de ménages et des réfugiés. Ce mille-feuille toutefois, l’auteure l’étale et l’aplanit, en choisissant de disposer chaque couche, l’une à côté de l’autre, indifféremment, pour mettre bout à bout les vérités de chacun de ses personnages.

Sous le ciel, des hommes 

Au titre Sous le ciel des hommes, peut être pourrions-nous rajouter une virgule pour signifier l’insignifiance de ces derniers : Sous le ciel, des hommes. Diane Meur choisit de les rendre insignifiants, non pas par condescendance, mais par bienveillance, comme une réaffirmation de leur humanité commune. Si bienveillance il y a, elle n’est pas moins teintée d’ironie et d’un véritable regard critique. Diane Meur se fait aussi pamphlétaire, en faisant lire par son collectif d’anticapitalistes des textes dont elle est elle-même l’autrice. Un moyen de rappeler que ces hommes – et ces femmes – qui se côtoient sous le même ciel, s’ils partagent une humanité commune n’en ont pas moins des vies matériellement bien différentes. Un moyen, aussi, de rendre compte d’un système absurde qui est alimentées par les agissements quotidiens de ses personnages qui en sont prisonniers sans trop s’en rendre compte. C’est malicieusement que Diane Meur les regarde et nous les donne à voir.

Ce roman est un week-end dans le grand duché d’Eponne, dans la vie de ses personnages. On referme ce livre sans intrigue avec un sentiment contrasté. On se demande d’abord quel est véritablement le projet de l’oeuvre, tant les personnages s’ajoutent au fil des pages. Finalement, il apparaît que ce livre n’ait d’autre ambition que de nous faire voyager en côtoyant l’autre, dans une démarche quasi-ethnographique réussie.

 

Diane Meur, Sous le ciel des hommes, Editions Sabine Wespieser, 340 p. 22 €, sortie 27 août 2020

Visuel: Couverture de Sous le ciel des hommes/Editions Sabine Wespieser©

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