Fictions

« Ressources inhumaines », un premier roman saisissant de Frédéric Viguier

« Ressources inhumaines », un premier roman saisissant de Frédéric Viguier

28 août 2015 | PAR Flora Vandenesch

Paru le 20 août aux éditions Albin Michel, Ressources inhumaines nous plonge au coeur d’une humanité manipulée, ballottée et soumise aux diktats d’une entreprise d’envergure comme celle d’un hypermarché aujourd’hui. Le metteur en scène Frédéric Viguier brosse un portrait mordant et lucide de notre société marchande où des rayons de douceur filtrent malgré les impasses.

Jeune femme de 22 ans, l’héroine du récit entre comme stagiaire au rayon textile d’un magasin, pour y devenir très vite chef de secteur. En acquérant un statut, elle quitte les rives de son existence banale pour faire partie d’un monde, celui de la grande distribution, micro-société au sein de la société, avec ses chefs de secteur et ses centaines d’employés, prise au piège d’une réalité moderne impitoyable, dont les contours ont l’épaisseur de hautes murailles. Elle se nomme « Elle », sa véritable identité comme son prénom gardent une part de mystère pour le lecteur, les pronoms se déclinent et se répondent au gré des chapitres, entrainant l’impersonnalité des êtres dans leur danse.

Abordant les questions de l’acceptation de soi, du vide et des peurs innombrables qui guident les décisions, Frédéric Viguier pose un regard acéré qui ne laisse que peu de répit à l’existence en quête de devenir. Avec ce beau titre évocateur à double tranchant, il soulève un point essentiel, celui de la gestion des ressources humaines pratiquée dans l’intérêt de l’entreprise. Son écriture compacte, bordée de phrases courtes et répétitives, de dialogues francs, sans détours, semble rythmée par le temps du rendement, du chiffre, de la seconde qui passe. Elle résonne comme un écho aux portes de la conscience individuelle, jetant son souffle glacé sur les braises du refoulement.

En pointillé, les bribes de pensée pure qui apparaissent en italique à la fin des chapitres comme des didascalies introspectives, forment des parenthèses suspendues où un peu d’émotion transparaît. Au delà des codes de représentations, dans un univers froid et systématique où le respect de la hiérarchie est souverain, le caractère prend son envol, sans sombrer dans l’amertume. Quand la magie opère, dans un vif contraste avec l’implacable réalisme du rendement productif on est touché par sa délicatesse. Fine, ténue, sans excès, elle est légère sur le fil de la plume.

Frédéric Viguier, Ressources inhumaines, Albin Michel, 281 p., 19 euros. Sortie le 20 août 2015.

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Flora Vandenesch

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