Fictions

Marcus Malte : Aires, La vie des gens avant le jour d’après

Marcus Malte : Aires, La vie des gens avant le jour d’après

20 janvier 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard

Marcus Malte a reçu le Prix Fémina en 2016. Dans Aires, il décrit une galerie de personnages tous originaux et de milieux très différents. A travers eux il nous livre son regard engagé et inquiet sur le monde contemporain.

« Ils ont joué et nous avons perdu ». Au début de son roman l’auteur se veut visionnaire. Cette vision est inquiétante puisqu’il montre comment vivaient les gens « avant le jour d’après », avant que la vie ne change radicalement. Ces gens, c’est-à-dire nous, se retrouvent sur les autoroutes de France par une journée de canicule .La chaleur est écrasante, inquiétante. Marcus Malte présente une série de portraits. Roland, professeur de technologie rejoint son ex-femme, agrégée de lettres, gravement malade. Peter, un peu gourou et un peu clochard vit dans un camping-car sur une aire de repos et nous raconte la fin tragique de son amour d’enfance. Sylvain, père divorcé et acheteur compulsif repenti, roule vers Disneyland avec son fils qu’il craint de perdre. Zoe travaille à l’Arche, mais ses passions sont la religion et les journées mondiales de la jeunesse. Il existe aussi un autostoppeur qui part « pour ailleurs ». Il est pris en stop par Frédéric, le lanceur d’alerte devenu camionneur. L’autostoppeur représente l’auteur, les extraits de ses cahiers multicolores irriguent le texte. Le cynisme de Catherine, cheffe d’entreprise, s’oppose au militantisme de Maryse. Claire et Jean Yves se séparent dans une aire de repos mais Maryse et Lucien les sexagénaires s’aiment toujours. Mais sans le savoir, ils roulent tous vers un destin tragique. Leur destin, notre destin ?

Le roman de Marcus Malte est une symphonie. Il est très riche, foisonnant. Sa construction est originale, il existe une unité de lieu, les autoroutes et de temps, le 6 Août. Les personnages sont multiples, hauts en couleur, mais aussi tellement contemporains et représentatifs de nos travers. L’écriture est efficace, rapide, rythmée .Il existe une dimension politique dans ce roman : le contexte social des personnages est mis en valeur et il existe des rappels historiques, sur l’extrême droite d’avant-guerre avec la Cagoule, sur la Roumanie du couple Ceausescu ou sur la fermeture de Moulinex. Le texte est drôle, très drôle comme lors de la soirée dans un bar de Genève en marge d’une réunion de l’office international du travail. L’humour est décapant, il devient dévastateur quand l’auteur évoque un parc de loisir consacré à la deuxième guerre mondiale. La dimension sociale est omniprésente dans le roman mais l’auteur aborde, de manière souvent émouvante, des thèmes plus intimes : l’amour et le désamour, la solitude, le sentiment de perte, la culpabilité. Dans ce roman Marcus Malte nous livre sa vision sans concessions du monde contemporain et nous met en garde : une sortie de route reste possible.

Marcus Malte, Aires, éditions Zulma, 488 pages, 24 euros, sortie le 3 janvier 2020.

visuel : couverture du livre 

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Jean-Marie Chamouard

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