Fictions

« L’homme coquillage » d’Asli Erdogan, Une Métamorphose ?

« L’homme coquillage » d’Asli Erdogan, Une Métamorphose ?

18 mai 2018 | PAR Jean-Marie Chamouard

C’est l’histoire d’une rencontre décisive dans la vie d’une femme, jeune physicienne lors d’un séminaire dans une île en apparence enchanteresse.

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Le livre raconte une rencontre lors d’un séminaire international consacré à la physique nucléaire dans l’ile caraïbe de la Grande Croix. L’héroïne est une jeune physicienne turque. Le malheur intérieur, la désillusion et la solitude de la narratrice saisissent le lecteur dès le début du récit. Dès les premiers jours dans l’ile, la nature, belle, sauvage, puissante s’impose, avec la chaleur écrasante, les averses brutales et l’océan majestueux. Cette nature imprime un autre rythme de vie vibrant, coloré, « tropical » et elle prépare la rencontre de l’héroïne avec l’homme coquillage. Dans l’île le monde des blancs et des touristes côtoie celui des habitants noirs sans jamais vraiment le rencontrer.

La narratrice est la première femme blanche à parler avec Tony, l’homme coquillage. Celui-ci a un physique ingrat, il est petit, balafré de cicatrices et édenté .IL est plongeur et vend ses coquillages aux touristes. L’héroïne doit surmonter sa peur, bien compréhensible, dans une île dangereuse. Au fil des rencontres il devient « l’homme océan », un être mythologique qui lui fait resurgir ses sentiments les plus profonds. La peur surmontée, la confiance et l’amour s’installent entre eux. Cela leur permet d’avouer un passé douloureux et violent pour elle et un passé d’illégalités et de meurtrier pour lui. Tony, par la qualité de son écoute, lui redonne « une aptitude à l’amour » qu’elle avait perdue. Parallèlement elle s’éloigne de plus en plus de ses collègues physiciens dont elle déplore la froide rationalité et sa carrière de physicienne ne la satisfait plus.Les dernières rencontres sont empreintes de mélancolie : à l’idée de la séparation, de l’enfermement sur l’île pour Tony et d’un amour inaccompli. Rentrée en Europe le souvenir de Tony est omni présent, il est sanctifié par l’héroïne qui grâce à lui parvient peu à peu à se séparer de sa coquille de douleur. Cette histoire inachevée est aussi celle de la naissance d’une écrivaine.

Le roman est en partie autobiographique : Asli Erdogan, a été la première physicienne turque admise au Centre Européen de recherche nucléaire à Genève. Le texte est assez court, dense, écrit d’un seul tenant sans chapitres. Chaque phrase est importante comme s’il fallait se concentrer sur la rencontre décisive avec l’homme coquillage . Il est poétique dans l’évocation de l’océan et de la nature, réfléchi et lucide dans la description des sentiments intimes. L’auteur s’intéresse aussi à l’ile de Sainte Croix qui fait partie des Iles Vierges achetées par les USA au Danemark en 1917. L’auteure évoque le passé dramatique de l’île avec le massacre des indigènes puis l’esclavage et décrit la violence, le racisme et la haine qui persistent entre les blancs et les noirs qui sont majoritaires. C’est pourquoi elle emploie à propos de l’île le mot de « simulation de paradis »

Asli Erdogan, L’homme coquillage, Actes sud, 195pages, 19,90 Euros, sortie en mars 2018.

visuel : couverture du livre

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Jean-Marie Chamouard

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