Fictions
« In Utero », du récit de voyage à la chronique d’une grossesse : Julien Blanc-Gras en terre inconnue

« In Utero », du récit de voyage à la chronique d’une grossesse : Julien Blanc-Gras en terre inconnue

25 octobre 2015 | PAR Romeo Fratti

On le savait journaliste et surtout globe-trotteur. En se penchant sur les « ravissements » de la paternité, Julien Blanc-Gras dévoile l’un des romans les plus surprenants de l’automne 2015. Et pourtant, même si le caractère introspectif de l’écriture n’est pas sans rappeler le genre du journal intime, ce roman a bien un petit côté Livre des merveilles à la Marco Polo : après tout, la grossesse n’est-elle pas le plus « banal » et « universel » des périples (N.d.A.) ? Le plus beau aussi ?
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« Beau » certes, mais prenons-la avec des pincettes cette « beauté » de la grossesse : avec un humour décapant, fleurant bon l’autodérision et l’ironie, l’auteur évoque sans détour les doutes et les angoisses qui le taraudent : perte de liberté, désir de se sentir jeune malgré tout…les complications de la vie quotidienne y passent aussi, notamment les démarches administratives et les envies nocturnes de céréales de « La Femme ». Curieusement, c’est bien ce terme de « Femme » que Julien Blanc-Gras emploie pour désigner sa « compagne de voyage », sorte de prise de distance opérée par l’écriture pour universaliser l’heureux événement.

Une autre singularité de ce point de vue masculin sur la grossesse réside dans l’approche historique et démographique de la parentalité qui ponctue la lecture ; au fil des pages on apprend que « L’Organisation internationale des non-parents a vu le jour en 1972 en Californie », qu’il y a « Cent quarante millions de naissances chaque année dans le monde »…que le plus voyageur des écrivains-journalistes se rassure donc, ils sont cent quarante millions à être dans le même bateau.
Mais bien que talonné par cette apparence analytique et parfois quasi-scientifique de la narration, l’humour sort toujours grand vainqueur et c’est un régal : petit coup de cœur à cet égard pour la digression sur les enfants qui, d’après une enquête « certes non scientifique » menée par l’auteur, « sont d’extrême droite » et ont une « moralité incomplète » car ils chient « à table ». Mais tout cela n’est que du second degré bien sûr, c’est tellement beau un enfant qui arrive…

Julien Blanc-Gras, In utero, Éd. Au Diable Vauvert), 190 p., 15 euros. Sortie le 3 septembre 2015.
Visuel : couverture du livre

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Romeo Fratti

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