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Ferdinand von Schirach décrit avec humanité une galerie de coupables

19 juillet 2012 | PAR Yaël Hirsch

Ironie du sort, le petit-fils du chef des jeunesses hitlériennes condamné à Nuremberg, Baldur von Schirach (1907-1974), est avocat au barreau de Berlin et auteur de best-sellers aux titres évocateurs : « Verbrechen » (« Crimes », 2009, prix Kleist) et « Schuldig » (« Coupables », 2010). Des recueils de nouvelles à la fois profondes et haletantes publiées par Gallimard en France. « Coupables » sort dans la collection « Du Monde entier » et dans une traduction de Pierre Malherbet le 30 août prochain. »Crimes » reparaît en folio à la même dates.

Ils sont tous coupables. Des notables qui violent de concert une jeune-femme un jour de carnaval au tueur en série le plus mystérieux, en passant par la mère de famille bourgeoise qui ne se sent vivre que quand elle vole des chaussettes au supermarché. la plupart sont allemands, certains viennent cependant de Pologne. Ils ont commis des vols, homicides ou viols, parfois scrupuleusement planifiés, parfois de manière brusque ou involontaire. Ils ne payent pas tous : certaines affaires demeurent des mystères et parfois les preuves manquent pour envoyer les criminels en prison. Un innocent se glisse même dans cette galerie d’hommes et de femmes dangereux. Mais sa réputation est faite et tout se passe comme s’il était vraiment coupable. Mais une chose est sûre : tous sont arrivés d’une manière ou d’une autre dans le bureau de Ferdinand von Schirach.

En quinze nouvelles qui fonctionnent chacune comme un petit épisode policier, l’avocat et auteur brosse une galerie de portraits à la fois effrayants et touchants. Avec lui, le lecteur se demande, encore et encore « Est-ce ainsi que les hommes vivent? ». Car en plus du suspense, magistralement orchestré, Ferdinand von Schirach apporte à ses textes toute la profondeur psychologique qui sied au genre de la nouvelle. véritable orfèvre, il dicte tous ses coupables, au même titre que leurs victimes, d’une humanité terrible qui permet à la fois l’empathie et l’opprobre. Des textes aussi courts que profonds.

Ferdinand von Schirach, »Coupables », Gallimard, « Du monte entier », trad. Pierre Malherbet, 192 p., 17,90 €. Sortie le 30 août 2012.

« Le tribunal pénal est situé à Berlin , dans le quartier de Moabit; un quartier triste dont personne ne sait d’où provient le nom – il fit penser au mot slave Moor. Il s’agit du plus important tribunal criminel d’Europe. Le bâtiment compte 12 cours et 17 escaliers. 1500 personnes y travaillent dont 270 juges et 550 avocats. Près de 300 audiences s’y tiennent quotidiennement, environ 1300 personnes de 80 nationalités différentes y sont détenues provisoirement et chaque jour y passent plus de 1000 visiteurs, témoins et plaideurs. Environ 60 000 procédures pénales s »y déroulent annuellement. Voilà pour les statistiques. » p. 151.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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