Essais
Raphael Guillard explore Le lien entre trouble mental et créativité Dans un coup de hache dans la tête

Raphael Guillard explore Le lien entre trouble mental et créativité Dans un coup de hache dans la tête

05 janvier 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

Raphaël Guillard est psychiatre à l’hôpital St Anne à Paris. En se rendant dans son service il médite sur le poids de la souffrance liée aux troubles mentaux. Mais il chemine par des rues et des places qui portent le nom d’artistes célèbres. IL s’interroge alors sur l’existence d’un lien entre trouble mental et créativité. Ce questionnement est au cœur de son livre.

Susceptibilité aux troubles mentaux et créativité: un lien établi

La folie et la sagesse ont une origine commune disait Montaigne. Il n’est pas de grand artiste sans un petit coup de hache dans la tête écrivait Diderot. Homo sapiens a réalisé une révolution cognitive et culturelle mais il souffrirait d’une vulnérabilité génétique (à la schizophrénie), par comparaison avec l’homme de Neandertal. Mais pour le psychiatre clinicien confronté quotidiennement à la souffrance de ses patients, ce lien entre trouble mental et créativité est contre- intuitif. Les philosophes grecs ont liés l’art à la «bile noire», la mélancolie mais la souffrance, le paysage dévasté d’une dépression sévère ne permet aucune création artistique. Avec le romantisme surgissent les états d’âme, le déséquilibre, le mouvement en opposition avec la raison émancipatrice des lumières. L’absence de continuité de soi, l’équilibre psychique instable peuvent être chez le patient «bipolaire» un frein ou un moteur à la créativité. La psychologie de l’artiste romantique renvoie à la bipolarité par le fantastique, par des représentations du monde débridées. Le surréalisme rencontre la psychanalyse par l’écriture automatique, il valorise les associations libres. En voulant «sortir du sillon», il rappelle la production délirante et l’automatisme mental de la schizophrénie.
Après l’histoire de l’art et la clinique, Raphaël Guillard explore la biologie. Les études génétiques retrouvent un déterminisme commun, une parenté entre la créativité et la susceptibilité aux troubles mentaux. Le détour par les neurosciences montre une relation entre complexité cérébrale et fragilité psychique. Les représentations et les émotions gouvernent notre vie psychique, elles sont aussi à l’origine de toute œuvre d’art. Nos représentations permettent un accès au réel mais peuvent aussi nous enfermer, nous égarer. Cette «trahison du réel» est exacerbée dans les psychoses, comme si les troubles mentaux étaient le prix à payer pour ce qui fait de nous des êtres humains.

Une réflexion personnelle et multidisciplinaire

Raphaël Guillard a écrit un essai remarquable Sa présentation des grandes maladies psychiatriques est claire, accessible pour le lecteur. Il évoque de manière touchante la souffrance des patients. Pour chaque pathologie il débute par un cas clinique ce qui humanise et concrétise sa description. Le questionnement sur le lien entre créativité et pathologie mentale est original. Il est traité sous des angles historique, philosophique, médical et scientifique. Ses explications sur la génétique sont aisément compréhensibles. La métaphore informatique pour aborder les neurosciences est pertinente. La conscience permet le partage de l’information dans un espace de travail neuronal global. Ce concept est fructueux, permettant de mieux comprendre la schizophrénie. Dans cette affection la discordance et la dissonance sont une désynchronisation de la conscience. Notre vie psychique a donc aussi une fondation biologique et l’un des grands thèmes du livre est le refus du «dualisme», c’est-à-dire de l’opposition entre le corps et l’esprit.

Raphaël Gaillard a aussi écrit un livre personnel. Il parle de son admiration pour les artistes et expose sa conception de l’art. Il se confie sur son métier de psychiatre expliquant que «soigner c’est ouvrir le champ des possibles» Il termine par son vœu le plus cher: il souhaite que les artistes, les créateurs, les scientifiques se mobilisent pour soulager la souffrance des patients qui nous apprennent tant sur notre condition humaine.

Raphaël Gaillard, Un coup de hache dans la tête, Grasset, 256 pages, 19Euros50, sortie le 5 Janvier 2022

 

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