Essais

L’Amérique inquiète toujours Jean-Paul Dubois

L’Amérique inquiète toujours Jean-Paul Dubois

23 août 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’été est la saison des rééditions et la littérature ne manque pas à l’appel. Les Editions de l’Olivier offrent un « replay » de L’Amérique m’inquiète, un portrait  journalistique que Jean-Paul Dubois a réalisé de 1990 à 2001, une traversée des USA pour le Nouvel Ob’s. La dramatique élection de Donald Trump a rendu nécessaire la reprise de ce drôle de récit qui n’a rien de fictionnel mais où tout semble faux.

Il devait pour le compte du Nouvel Ob’s rendre compte du terrain, de ce qu’être américain, homme ou femme, perdu parmi plus de 280 millions d’autres individus, veut dire.  Ce qui a intéressé l’auteur d’Une vie française, c’est essentiellement la relation très particulière que le pays entretient avec la mort. Le romancier, qui est un farouche opposant à la peine de mort, s’est glissé jusque dans les prisons pour comprendre. Il ne juge jamais il écoute, dans une fonction qui frise plus celle du psy que du journaliste. Mais à vrai dire, quand il interview un bourreau on  sait que là, si il devient juge, il se perd.

Jamais Dubois ne se perd, sauf quand il est submergé par ce que ses yeux voient : « C’est un bel exercice de tempérance que de se taire, de rester serein, de faire semblant  de trouver tout cela normal » (p.434).  Pour croire,  il compte, il compte tout, les brins d’herbe (« 325 293 6803),  les litres d’eau (« Aux Etats-Unis, il faut 15 000 tonnes d’eau pour produire 1000 kilos de bœuf »), le coût de la lune (« 225 millions de dollars »°). Et il a raison. Compter est la seule chose qui reste à faire quand la réalité est irréelle.  Il a traversé des parcs à thèmes délirants où vous pouvez au choix recevoir un (faux) oscar ou croiser le (faux) Jésus sur un (faux) Mont du Temple. Entre mille exemples …

Dans les romans de Dubois, les hommes sont comme des ours qui n’aiment que la solitude par temps de neige. Et ce reportage lui ressemble terriblement. On retrouve son acide plume à l’humour cinglant dans ces tranches de pays qui chacune portent un titre délicieux.

On comprend sur le terrain comment quinze ans après, un tyran aux cheveux oranges  a pu être élu. Dubois décrit, délivre plutôt, la diversité impossible à concilier faites de dévorantes injustices. Il a parlé à  quelques heures d’intervalle à des morts de faim résignés et à des milliardaires déprimés dans un geste totalement schizophrène.

Il y a évidement une intense fascination qui se déploie aussi face un système qui met la liberté au centre. On croise du people ou ce qu’il en reste, dans les miettes de la famille Brando par exemple. Dubois a la force de montrer le côté terne des paillettes dans ce pavé de prés de 700 pages qui aura traversé notre été, comme lui a construit une route bien plus longue que la 66.

Jean-Paul Dubois, L’Amérique m’inquiète et autres récits (réédition), L’Olivier, 678 p. En librairies.

Visuel : ©Cyril Magnier

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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