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Jean Paul Dubois signe un captivant Cas Sneijder

Jean Paul Dubois signe un captivant Cas Sneijder

23 novembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jean-Paul Dubois revient. L’auteur d’Une vie française nous emmène une fois de plus dans les froideurs canadiennes, près de sa femme Anna et de jumeaux encombrants. Ici il est question d’enfermement. Le roman, parfois oppressant, vous immergera loin dans vos craintes.

« Je me souviens de tout ce que j’ai fait, dit ou entendu ». Ce que Paul n’oublie pas, c’est qu’il a subit un accident d’ascenseur, aussi rare que grave. « L’accident s’est produit à 13h12 précises ». Depuis, il porte cette montre déréglée lui indiquant l’heure précise où sa fille Marie a été entrainée dans la même chute, elle trouvant la mort.

Le Canada, Paul et sa seconde épouse Anna y résident par nécessité de travail. Anna a trouvé un job chez « Campus Bell » impossible à refuser. Paul ne comprend rien au travail de sa femme, Paul ne comprend rien à sa femme. Elle est un mur de glace, rationnel et sans âme. La seule question finalement qui traverse le livre est : comment un homme lucide a-t-il accepté de partager sa vie avec un monstre, de surcroit, infidèle  ?

Comme à son habitude, Dubois excelle dans l’écriture et l’art de la dérision. Les histoires les plus glauques deviennent ici inventives à commencer par l’idée du travail de Paul devenu allergique aux lieux clôts. Le voilà promeneur de chiens,   uniforme à l’appui, chez Dogdogwalk. Tout au long du roman, les rencontres avec des personnages aux personnalités fortes se multiplient.  L’éleveur Charistas, passionné par les nombres premiers et l’avocat Wagner-Leblond sont les deux seuls soutiens du rescapé pris au piège dans une famille carnivore. Ses enfants sont  » juste une aberration spermatique », Anna « une femme de guerre qui ne détestait rien tant que les armistices ou les redditions ».

La chute de Paul Sneijder ne s’est pas produite le 4 janvier 2011 mais bien avant, le jour précis où Anna a refusé que Marie puisse entrer dans la maison de son père. Ce jour-là, il a accepté inacceptable. Depuis ce jour, il tombe.

Le cas Sneidjer vous donnera une autre vision des ascenseurs dont Paul sait tout depuis qu’il lit compulsivement tous les articles sur le sujet. « Nous sommes tous, à des degrés divers, leurs obligés. Nous dépendons d’eux chaque jour et pour chaque chose ». Symbole de notre verticalité accélérée il vous fera surement prendre un peu plus l’escalier et le temps de regarder votre vie par l’œil de cet auteur, qui en seize romans nous apprend à  scruter notre monde par un biais cynique, de moins en moins bienveillant.

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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