Essais
« La Guerre d’Indochine » par Lucien Bodard

« La Guerre d’Indochine » par Lucien Bodard

28 juillet 2014 | PAR Jean-Paul Fourmont

Les éditions Grasset publient en un seul volume, les trois livres mythiques de Lucien Bodard sur la guerre d’Indochine, « l’enlisement », « l’humiliation », « l’aventure ».
Lucien Bodard (1914-1998) né en Chine, mort à Paris, grand reporter, correspondant de guerre a obtenu comme reporter pour « l’humiliation » le prix aujourd’hui, et comme romancier le prix interallié pour Monsieur le consul, et le prix Goncourt pour Anne- Marie.

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UNE HISTOIRE TRAGIQUE
« Quand j’arrive à Saigon comme correspondant de guerre en 1948, je découvre une Indochine installée dans le moyen âge à mitraillettes et à piastres, sous l’étiquette de l’union française ».
C’est l’enlisement sur la frontière, dans les montagnes au nord de Tonkin se poursuit la vraie guerre contre les réguliers d’Hochiminh.
Elle est loin de tout, et on n’en parle pas.
Partout ailleurs « la guerre heureuse » se fait contre la résistance.
C’est la guérilla, bien plus cruelle que les batailles qui se déroulent sur les confins de la Chine.
Mais en même temps, c’est » la bonne vie « la prospérité pour tout le monde.
L’existence quotidienne, c’est le sang, la mort, la volupté, la fatigue, la paresse, la grande vie.
Les combattants se sentent des « seigneurs » et les hommes d’affaires nagent dans l’abondance.
Les deux camps compressent et tuent la population selon les techniques de la » persuasion ».
Les nhaqués sont l’enjeu essentiel .Mais quand ils ne sont pas suppliciés, ils s’épanouissent et profitent de tout.
L’Indochine de 1948 c’est un échiquier aux pions innombrables mais presque immobiles.
On ne devine pas encore qu’elle deviendra le théâtre où tous ces éléments vont se nouer dans une action aussi tendue et dépouillée qu’une tragédie grecque : le rideau tombera quelques années plus tard sur Dien Bien Phu.
Les lieux sont héroïques comme Cao bang, Dien Bien Phu, la rc4, Saigon, et on croise beaucoup d’acteurs de cette période, le maréchal de Lattre de Tassigny(le roi Jean), le général Giap, et beaucoup de sans grades.

Cette œuvre de «Lulu le chinois », nous restitue une période peu glorieuse de notre histoire :
La quatrième république, l’instabilité politique, Guy Mollet et la SFIO, l’indifférence de la métropole à cette guerre, la dernière défaite militaire de notre armée.
Cette aventure indochinoise portait en elle le germe de la guerre d’Algérie.
Ce travail de Lucien Bodard est fascinant comme le rappelle l’auteur, les américains nous remplacent et l’expriment ainsi »La vérité de Washington, la vérité des pasteurs et des fils de pasteurs…De l’évangélisme à la pluie de bombes, l’acharnement.Finalement l’armée américaine qui se décompose, l’Amérique qui se décompose à cause de ce qui, pour elle n’était rien, un tout pays, une frange de la Chine où ils avaient voulu mener une croisade ».
Ces propos de Lucien Bodard datent d’octobre 1997, comment ne pas penser au président Bush et à la guerre d’Irak… voire à la Lybie (que les occidentaux quittent).

Lucien Bodard, la guerre d’Indochine texte intégral, l’enlisement, l’humiliation », « l’aventure » éditions grasset, 1165 pages, mai 2014, 29,95 euros.

visuel : couverture du livre

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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