Livres

Brice Erbland, livre les souvenirs d’un jeune pilote d’hélicoptère dans l’armée de terre en Afghanistan et en Lybie

17 février 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Saint-cyrien âgé de 32 ans, pilote d’hélicoptère d’attaque dans l’aviation légère de l’armée de terre (ALAT) et capitaine, Brice Erbland livre un témoignage de première main sur son quotidien pendant les conflits en Afghanistan et en Lybie en 2011. Pour la première fois, un officier français ayant combattu sur ces théâtres d’opération donne à lire son journal de guerre. Engagé à la pointe des combats, il fait part de ses sentiments. Ce livre, dans lequel l’auteur ne cherche pas du tout à se mettre en avant, est un témoignage d’un grand intérêt.

La peur et le courage
L’auteur commence par rappeler l’aphorisme de Corneille, selon lequel « qui n’appréhende rien présume trop de soi ». La peur est un sujet dont les militaires évitent généralement de parler entre eux. C’est en quelque sorte quelque chose de tabou. La peur, pourtant, est une gangrène qui se propage à une vitesse prodigieuse. Le chef militaire ne doit jamais montrer sa peur.

La fraternité, explique d’autre part le capitaine Brice Erbland, existe entre tous les soldats, malgré la sophistication croissante des armements. Ce n’est pas l’homme et la machine, mais toujours l’homme et l’homme.

L’auteur décrit la douleur de perdre un camarade au combat. La mort est une comparse imposée et il faut continuer à vivre avec ses sentiments.

Le fait du tuer sa cible
Pour Brice Erbland, on tombe très souvent dans la loi du talion. Il cite Sophocle, pour lequel « on ne doit haïr un ennemi qu’en se disant qu’il deviendra un jour notre ami ». Pour le militaire, il convient de toujours relativiser son sentiment de vengeance. L’auteur explique aussi que la première fois qu’on ouvre le feu marque énormément. Il y a nécessairement, dit-il, un avant et un après.

Ce récit du capitaine Brice Erbland permet tout d’abord de comprendre comment se déroule la guerre aujourd’hui. Est ici abordé le travail des hélicoptères, Tigre et Gazelle, de l’armée française. Ce n’est pas un récit violent, qui plairait aux fanatiques du tout-militaire, bien au contraire. C’est plutôt un texte structuré et raisonné sur la guerre, qui évoque la peur et le stress. L’homme n’est pas un robot, parfois il hésite… Dans le présent témoignage, le capitaine dévoile une véritable éthique.

C’est une véritable réussite, il y a vraiment quelque chose de chevaleresque dans l’attitude de Brice Erbland à vouloir se livrer comme il le fait.

Brice Erbland, « Dans les griffes du Tigre », éditions Les Belles Lettres, janvier 2013, 122 p., 14,90 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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