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« Une mémoire de roi », souvenirs d’apprentissage et apprentissage du souvenir

« Une mémoire de roi », souvenirs d’apprentissage et apprentissage du souvenir

08 septembre 2018 | PAR Laetitia Larralde

Pour leur première publication en bande dessinée, la jeune maison d’édition Premier Parallèle nous entraîne dans les méandres de la mémoire avec un album à la fois ludique et savant.

Dans la lignée des collections de bande dessinées éducatives, Une mémoire de roi associe un dessinateur, Mathieu Burniat, déjà rompu à l’exercice de la vulgarisation scientifique avec ses albums Le Mystère du monde quantique et Internet, au-delà du virtuel, et un spécialiste du thème à traiter, Sébastien Martinez, champion de France de la mémoire. Les auteurs nous proposent ici d’explorer les rouages de notre cerveau afin de comprendre les processus de mémorisation, et ainsi améliorer nos capacités.

Nous suivons donc le roi de Léthésie, jeune monarque idiot incapable de retenir quoi que ce soit. Une invitation à un bal donné par une princesse monégasque pousse ses conseillers à faire appel à un professeur spécialiste de la mémorisation pour essayer de sauver la réputation du pays. Simonide de Ceos, le professeur, propose une méthode simple pour retenir un maximum d’informations en peu de temps, de façon durable et en s’amusant. C’est au cœur de l’imagination du roi que Simonide pose les bases de son enseignement, dans un espace au début désert qui petit à petit va se remplir d’images plus ou moins absurdes, dans ce qui semble être un grand désordre. Car la mémoire n’est pas un réceptacle qui finit par déborder à force de le remplir ; c’est un vaste réseau d’informations connectées les unes aux autres qui peut croître sans limites. Et plus nous apprenons, plus il est facile d’apprendre. La méthode est simple : pour mémoriser une information, il faut lui associer une histoire, habiller le réel de notre imaginaire pour le rendre plus familier. L’effet est renforcé si à cette histoire on y associe nos émotions et l’un de nos sens. Nous créons ainsi de faux souvenirs pour implanter de vraies informations.

Ceci démontre qu’avoir une bonne mémoire n’a rien d’inné. C’est au contraire une capacité qui s’entretient, à la fois en apprenant et en créant de nouvelles connexions, et en ravivant les souvenirs, en réactivant les connaissances. Aujourd’hui nous nous reposons de moins en moins sur notre mémoire, quand internet peut nous donner la réponse qui nous échappe sans effort et sans attendre. Les informations sont externalisées, stockées sur une autre sorte de réseau, une toile à l’échelle mondiale nous servant de prothèse mémorielle. Quelle est donc alors l’utilité de la mémorisation ? Faut-il se passer de cet effort superflu puisque tous les savoirs sont à portée de clic ? Mais la mémorisation n’est pas juste un entassement de données : cela permet de constituer le terreau qui va nourrir le raisonnement. Plus il sera riche, plus la capacité à raisonner sera développée. Et inversement, mieux on comprendra un évènement, un processus ou encore une langue, mieux on pourra la mémoriser.

Le dessin de Mathieu Burniat est inventif et efficace. Des effets simples, comme par exemple tracer les bordures des cases quand l’action est située dans le réel et les supprimer pour marquer l’imaginaire, soutiennent discrètement le propos, qui ne tombe pas dans la répétition. Le trait est doux sans être naïf et la couleur est maîtrisée : l’ensemble donne un graphisme équilibré et fluide. Seules les pages d’exercices sont un peu moins attrayantes, de par l’accumulation de listes et de textes, qui perdent le côté ludique du reste de l’album, mais que les dernières pages font vite digérer.

Une mémoire de roi est un album qui réussit son pari de transmettre un savoir en amusant, donne envie d’aller tester la technique, et de la partager avec les écoliers. C’est la rentrée, profitez-en, apprenez !

Une mémoire de roi, de Mathieu Burniat et Sébastien Martinez
Parution le 6 septembre 2018
Editions Premier Parallèle

Visuels © Premier Parallèle

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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