Cinema

Violeta d’Andres Wood, parcours brisé d’une voix chilienne culte

Violeta d’Andres Wood, parcours brisé d’une voix chilienne culte

21 octobre 2012 | PAR Charlotte Bonnasse

Violeta convoque en même temps la violence d’une femme passionnelle et la fraîcheur de la violette : c’est ce qu’a voulu montrer Andres Wood (La Buena Vida) en portant à l’écran un portrait magnifiquement complexe de la grande Violeta Parra, mère de la folk latino-américaine et véritable icone de la culture estudiantine au Chili. En salles le 28 novembre.

Le film retrace le destin de cette chanteuse, peintre et poète, qui s’est frayé son propre chemin à travers la vie, entre réalisations et déchéance. Le succès étreint très vite cette femme engagée, qui sillonne le Chili à la recherche d’une tradition musicale en voie de disparition. Auprès des paysans, des indiens, des artistes, elle recueille ce qui sera le terreau de ses chansons, avec un seul mot d’ordre : créer à partir de ce qui existe déjà. Si sa guitare lui sert aussi à protester et dénoncer, elle ne semble pas suffisante pour exprimer la vie qu’il y a en elle, et Violeta se tourne aussi vers la peinture, la céramique ou les performances théâtrales. Ses expositions lui permettent de sillonner la planète, et elle sera la première femme à être exposée au Louvre. Emportée dans un amour passionnel avec le musicien suisse Gilbert Favre, elle se laisse mourir quand il la quitte, comme elle-même l’avait prédit : « le jour où je n’aurai plus l’homme que j’aime à qui dédier mes chansons, je laisserai tomber ma guitare et me laisserai mourir ». Elle se suicide à 50 ans d’un coup de pistolet, au milieu de son oeuvre.

Comme nous l’a confié Andres Wood, c’était « un vrai défi de réaliser un film sur cette artiste si particulière ». Pour lui, il est « impossible de mettre tout Violeta Parra dans un long-métrage ». Il donne cependant un portrait riche et contrasté de cette femme fascinante, « ce génie qui était en même temps très humain ». Un tableau où la partie mystérieusement contradictoire de l’artiste affleure, et qui résiste à la linéarité : la chanson qui la rendit mondialement célèbre composée quelques semaines avant sa mort, « Gracias a la vida », parle d’elle-même, reprise par des artistes tels que Joan Baez, U2, Faith no More, Shakira, Juanes, Buena Vista Social Club, Laura Pausini ou Mercedes Sosa (à écouter ci-dessous). Le film révèle donc des aspects méconnus de Violeta, qui est pourtant une véritable icône au Chili, où « tout le monde avait une relation personnelle avec elle », où « son art est désormais intégré jusque dans les moments les plus intimes de la vie » (toujours selon les dires du réalisateur). De beaux fantômes se dessinent dans ce portrait pris sur le vif : Piaf, Bob Dylan… Et pour Andres Wood, la fécondité spirituelle de Violeta continue son chemin, quarante-cinq ans après sa mort : « son travail et sa façon de penser sont très modernes, elle montre le chemin et touche chaque jour des personnes », ajoute-t-il. Quant à la sublime Francesca Gavilan qui porte le rôle, elle se confond si bien avec Violeta qu’on peine à imaginer un autre visage de la chanteuse.

Le film a été couronné du prix du festival Sundance, et sera le 28 novembre sur les écrans français.

« Ecris comme tu le sens, utilise les rythmes comme ils te viennent, essaie différents instruments, mets-toi au piano, ne respecte pas les partitions, crie au lieu de chanter, détruis ta guitare et souffle dans la trompette. Hais les mathématiques et aime les tempêtes. La création est un oiseau sans plan de vol, qui n’ira jamais tout droit ». Violeta Parra.

L’Art du divertissement de Jan Lauwers – La rose des vents, Villeneuve d’Ascq
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Charlotte Bonnasse

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