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Une famille respectable de Massoud Bakhshi, un film pour le peuple iranien

Une famille respectable de Massoud Bakhshi, un film pour le peuple iranien

27 octobre 2012 | PAR Edwige de Montalembert

Avec son premier long métrage, le réalisateur Massoud Bakhshi ajoute une nouvelle pierre au cinéma iranien. Une famille respectable, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes verra le jour le 31 octobre. C’est un film dense, aux sujets multiples, une réalisation maîtrisée polymorphe. Drame familial, thriller avec des percées documentaires, Massoud Bakhshi ne laisse pas son spectateur souffler. C’est un film haletant.

Arash est un jeune professeur de littérature iranien. Il vit et travaille depuis vingt-deux ans en Occident. Invité à enseigner à l’université de Chiraz en Iran, il retourne dans son pays natal. Mais suite à la disparition de son passeport, Arash est contraint de rester dans le pays. Pris dans une intrigue familiale autour de l’héritage de son père, il voyage à travers l’Iran confronté à l’histoire de son pays et à des enjeux familiaux qui lui échappent.

On entre dans le film comme dans un thriller ou un film noir. Dès la première scène, le suspense est créé. Sur le générique de début, les pas d’un homme retentissent mais les premières images ne dévoilent pas son visage. Victime d’un enlèvement, cette première scène énigmatique ne sera résolue qu’à la fin du film…

Le film raconte un exil en terre natale. Entre la ville de Chiraz où vit sa mère et celle de Téhéran pour les affaires de son père, le héros traverse des routes, des villes, des scènes quotidiennes de l’Iran, spectateur d’un pays dont il a perdu l’habitude. Mais Arash est resté très lié à sa culture; cette ambivalence fait de lui la proie parfaite d’une sombre manipulation. Arash connaît les codes sociaux, les moeurs profondes de son pays et surtout le « ta’ârof »: la politesse extrême qui régit les relations sociales des iraniens. Politesse qui permet de cacher des choses inavouables (voir notre interview). Cette politesse extrême à l’orientale constitue le ressort dramatique du film où les petites intrigues se cachent dans les grandes. Avec brio et originalité, le réalisateur noue l’histoire d’ »une famille respectable » à celle bien plus insidieuse et profonde liée à la culture d’un pays.

Film autour de la corruption, maîtresse de l’intrigue, le film traite aussi de la religion et de la culpabilité. Mais Une famille respectable est également un film sur la mémoire. Cette mémoire d’un pays qui a connu huit ans de guerre avec l’Irak est au cœur du personnage d’Arash. Le spectateur est surpris dans le fil de l’histoire du film par des images d’archives de la guerre Iran-Irak qui donnent au héros une épaisseur et nous rappelle à la réalité du pays. Entre son attachement culturel lié à sa mémoire et la sombre manipulation dans laquelle il est piégé, le héros doit faire un choix : partir ou rester en Iran.

Le réalisateur remarqué pour ses documentaires Tehran has no more pomegranates ! (2007), Our Persian Rug (2010) utilise les ressorts de la réalité et du documentaire pour raconter une histoire de fiction. Qu’il s’agisse d’un documentaire ou d’une fiction, il aime brouiller les genres car pour lui ce qui compte est de « faire un bon film ». Un nouveau réalisateur iranien dans notre paysage cinématographique à suivre absolument !

voir l’interview du réalisateur pour toutelaculture.com:

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Edwige de Montalembert

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