Cinema

[Un Certain Regard] « Béliers » : belle et cruelle histoire de moutons islandais

[Un Certain Regard] « Béliers » : belle et cruelle histoire de moutons islandais

16 mai 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Grimur Hakonarson, brillant réalisateur islandais, nous convie à un face-à-face entre frères, sur les hautes plaines grises, avec pour enjeu mortel l’élevage des moutons. Un film riche et prenant.

[rating=4]

Prenez deux acteurs brillants, à la stature imposante : Sigurdur Sigurjonsson et Theodor Juliusson. Faites-leur jouer deux frères fâchés, voisins, et vieux garçons, éleveurs dans les montagnes d’Islande. Donnez-leur un enjeu, un seul : leurs moutons. Vous obtiendrez un film, un vrai, qui passionne.

Le bélier préféré de l’un d’eux, éleveur taciturne, est atteint de la tremblante, une maladie grave. Il a contaminé toutes les bêtes des vallées alentour. Seule solution : l’abattage. Un drame pour son propriétaire et pour son frère, avec qui il ne s’entend pas… Pas évident, ce sujet. Peur de vous ennuyer ? Attendez voir. Car Grimur Hakonarson ne fait pas dans la fioriture : il signe des scènes directes, aux enjeux puissants. Sa mise en scène, dépourvue d’effets, rend essentiel quasiment chaque plan. Et son oeil de cinéaste transparaît. Une simple contre-plongée sur une trentaine de moutons en passe d’être abattus suffit à nous rendre ces derniers émouvants.

Le film parle de l’Islande, de ses traditions, de son commerce actuel. Mais il raconte surtout une aventure humaine, jouée par de vrais personnages, ambivalents. On est heureux, enfin, de la fin du film. Sobre et puissante. Utilisant de quasi codes de blockbuster. Mais à l’échelle des hommes, de leur simplicité, de leurs parts d’ombre, de leur courage. De leur intérêt, tout simplement.

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Béliers, un film de Grimur Hakonarson. Avec Sigurdur Sigurjonsson, Theodor Juliusson, Charlotte Boving, Gunnar Jonsson. Durée : 1h33.

Visuels : © ARP Sélections

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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