Cinema

[Semaine de la Critique] « Paulina » : un saisissant portrait de femme

[Semaine de la Critique] « Paulina » : un saisissant portrait de femme

16 mai 2015 | PAR Eponine Pastel

Deuxième jour de compétition pour la Semaine de la Critique ! La compétition continue par un film argentin Paulina de Santiago Mitre. Il dresse un portrait social rude de l’Argentine contemporaine.

Paulina est une jeune femme, promise à une brillante carrière d’avocate. Un jour, elle décide pourtant de renoncer à cette voie toute tracée et d’aller enseigner dans une contrée défavorisée d’Argentine. Confrontée à un environnement hostile, elle est agressée et violée dès son arrivée par une bande de jeune. Pourtant face au traumatisme et à l’incompréhension de sa famille, elle va s’attacher à rester fidèle à ses idéaux sociaux.

Paulina est le remake d’un film homonyme réalisé en 1960 par Daniel Tinayre. Un titre populaire et important du cinéma argentin. Toutefois, Mitre ne revendique pas cette source d’inspiration. Il utilise surtout cette histoire pour dresser un portrait de femme fascinant et controversé, dont l’obstination touche à l’irrationnel et à la folie. Paulina refuse à la fois l’héritage politique et social de sa famille mais surtout décide d’entreprendre un lourd parcours sacrificiel où la souffrance devient pour elle une libération. Le spectateur est perdu, souvent circonspect et peu à peu se laisse convaincre de suivre les choix de cette femme. Plus qu’un portrait social, le film bascule peu à peu dans la thématique de la croyance, de la sainte laïque qui rappelle Ingrid Bergman dans Europe 51 de Rosselini. Dans une société ultraviolente, où les voyous avérés deviennent eux-mêmes les victimes aux yeux d’une femme partie en croisade personnelle, cherchant elle-même à reconnaître enfin un « bon larron » qui justifierait sa quête et rendrait raison à sa folie. Film dérangeant, Mitre signe là un brillant portrait de femme, héroïne des temps modernes dans une société où l’importance accordée aux idéaux et aux passions est de moins en moins fort. Paulina est une femme libre qui ne connaît pas la résignation et qui redonne tout son sens à la notion de « choix ».

*Paulina, un film de Santiago Mitre. Avec Dolores Fonzi, Oscar Martinez, Esteban Lamothe et Cristian Salguero. Durée 1h43

Retrouvez tous les films de la section Un certain regard dans notre dossier Cannes

Visuel : (c) DR

[Un Certain Regard] « Béliers » : belle et cruelle histoire de moutons islandais
« Pukhtu. Primo » de DOA : à l’ombre du monde
Eponine Pastel

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *