Cinema
True grit, à l’Ouest rien de nouveau

True grit, à l’Ouest rien de nouveau

26 février 2011 | PAR Olivia Leboyer

Après un film insolite et très réussi, A serious man, les frères Coen s’attaquent au genre du western. Un film divertissant, mais sans réelle originalité. True grit est l’adaptation d’un roman de Charles Portis, déjà porté à l’écran par Henry Hattaway en 1969. Ah, John Wayne… ! Sortie le 23 février 2011.

True grit est un film de bonne facture, agréable à regarder… pour qui n’a pas vu Cent dollars pour un shérif d’Henry Hattaway (1969). Bien évidemment, l’histoire est formidable : Mattie Ross, une adolescente de 14 ans engage un marshall alcoolique et sans pitié, Rooster Cogburn (Jeff Bridges), pour venger la mort de son père. Flanqués d’un Texas Ranger un peu fat (Matt Damon), ils se lancent à la poursuite du lâche Tom Chaney, en territoire indien.
La presse s’enthousiasme pour l’humour des frères Coen, pour les savoureuses répliques de la jeune héroïne. Mais ils n’ont pratiquement pas changé une seule ligne aux dialogues du film de 1969, alors d’une grande modernité. Tout au plus ont-ils édulcoré certaines séquences : Jeff Bridges boit nettement moins que John Wayne ; la belle scène du début avec le rat a été supprimée ; les lettres de Mattie à sa mère, en voix off, surlignent inutilement le récit. Il y a bien une scène inédite et amusante : la rencontre surréaliste avec un vieil homme-ours dans la forêt. Pour le reste, les frères Coen ont fidèlement suivi le cahier des charges du scénario. On adore Jeff Bridges, incroyable Big Lebowski, mais il a ici un peu tendance à surjouer. John Wayne dégageait une autre intensité.
True grit demeure un bon film, en particulier grâce à la jeune Hailee Steinfeld et à Matt Damon. Mais à quoi bon « revisiter le western » pour une ou deux scènes cocasses ? Curieusement, les acteurs sont le plus souvent filmés en très gros plans, serrés, les frères Coen évacuant tranquillement le paysage, acteur essentiel de tout western.

La fin du film, en revanche, diffère de l’original. Les frères Coen ont opté pour la grandiloquence et l’explication bien appuyée, là où Henry Hattaway concluait avec une scène d’une grande ambiguïté, très émouvante. Un grand plan large avec musique pompeuse en 2011 / une image fugace, moment d’émotion volée en 1969. La modernité n’est pas là où l’on s’y attendrait… Et que dire des rapports si complexes entre Mattie, Rooster Cogburn et LaBoeuf ? Chez Hattaway, la jeune adolescente se sent physiquement attirée par les deux hommes à la fois (et surtout, on la comprend, par John Wayne !). Ici, seul Matt Damon semble capter son attention, ce qui retire au film une grande partie de son ambiguïté.
True grit cartonne. Il faut y aller, bien sûr, mais il est fortement recommandé de ne jamais oublier John Wayne, qui excellait d’ailleurs dans le second degré : il suffit de revoir L’Homme tranquille de John Ford. Pour l’esprit des frères Coen, on préfère largement The Big Lebowski ou No country for old men.

True grit, de Joel et Ethan Coen, Etats-Unis, 1h50, avec Jeff Bridges, Hailee Steinfeld, Matt Damon, Josh Brolin. Sortie le 23 février 2011.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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