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« Totems et tabous. Musée Royal d’Afrique Centrale » : une projection importante au Centre Wallonie-Bruxelles !

« Totems et tabous. Musée Royal d’Afrique Centrale » : une projection importante au Centre Wallonie-Bruxelles !

15 octobre 2019 | PAR Chloé Coppalle

Le Festival Francophonie Métissée et Quinzaine du cinéma francophone est une festival de cinéma francophone qui dure quinze jours début octobre, tous les ans à Paris. Cette année, pour la 28ème édition du festival, la programmation a proposé un documentaire intitulé Totems et tabous. Musée Royal d’Afrique Centrale, réalisé par Daniel Cattier, réalisateur consacré à l’histoire coloniale de la Belgique, raconté avec la voix de l’acteur Denis Mpunga. Il réalisa notamment Cœur noir, Homme blanc, en 2011, Red Star Line en 2012, ou Les routes de l’esclavages, également en 2018.

Totems et tabous : contexte et enjeux

AfricaMuseum est le nouveau nom de l’ancien Musée Royal d’Afrique Central (MRAC), communément appelé Musée de Tervuren de part sa géolocalisation. Le musée fut fermé de 2013 à 2018 pour de grandes rénovations. Ce documentaire marque la réouverture du lieu, et soulève les enjeux liés à son édifice. En effet, la place de l’époque coloniale dans les musées européens fut très longtemps l’objet d’un solide tabou, qui a toujours du mal à se briser. Alors que la France promet de restituer d’ici cinq ans les objets d’arts pillés durant les colonisations, le Quai Branly aborde toujours timidement la place de ces acquisitions dans sa dernière exposition, témoignant d’un contexte difficilement abordable dans les grandes institutions. A travers le cas de Tervuren, le documentaire interroge de façon plus large la place des institutions coloniales dans l’écriture de cette histoire.

En 1885, les grandes puissances européennes organisent la Conférence de Berlin pour se répartir politiquement des territoires au sein du continent africain. Léopold II se voit attribué le Kongo. En 1897, l’Exposition Universelle de Bruxelles ouvre ses portes. Ce type d’exposition, très répandue au XIXème siècle, avait pour but de démontrer la puissance du pays en interne (par les arts, l’architecture ou la technologie), et à l’international, avec un pavillon colonial prévu à Tervuren. Ce dernier avait pour but de légitimer la présence européenne dans le pays colonisé, mais aussi d’inciter les visiteurs a investir dans la colonisation et même à s’y engager professionnellement, soit à devenir des colons, des fonctionnaires de l’administration coloniale. C’est lors de cet événement que le projet d’un musée consacré au Congo belge voit le jour. Construit à partir de 1905 sur le modèle du Petit Palais, il ouvre en 1908 sous le nom de Musée du Congo belge avant de devenir Musée Royal d’Afrique Central (MRAC) en 1960. Le documentaire raconte l’histoire du musée et son devenir avec sa réouverture en 2018. Comment la direction et les conservateurs abordent cette nouvelle scénographie, quels sont les axes qui sont développés, comment organise-t-on un parcours permanent visant à détruire des stéréotypes, dans un lieu qui les a lui même longtemps orchestrés ?

Totems et tabous : projection et forces du documentaire

La première partie du documentaire est historique. Elle situe avec précision le contexte politique de l’époque, en faisant des liens avec les évolutions techniques, comme l’arrivée du cinéma, qui serviront à la propagande coloniale. Totems et tabous projette de nombreuses archives permettant de comprendre cet univers visuel du début du XXème siècle, et son lien étroit avec une idéologie raciste. De plus, il dénonce les travaux forcés ayant eu lieux au Congo belge durant cette période, mais parle également des conditions de travail  exploitantes pour les ouvriers de la construction du musée. L’autre intérêt de ce documentaire est qu’il présente au cas par cas, environ trois œuvres conservées dans les réserves du musée de Tervuren. Pour chaque sculpture, il raconte l’histoire initiale de l’objet, puis les conditions de son arrivée en France,dans quelles conditions et avec quels acteurs, et enfin évoque la façon dont l’oeuvre fut exposée en Occident. Daniel Cattier décrit les scénographies de l’époque, et les conséquences de celles ci, en témoignant des images mentales qu’elles ont façonnées. Enfin, il explique que le nom Totem et tabou, vient du livre de Sigmung Freud, publié en 1913 et ayant le même titre, et les raisons de ce choix.

La deuxième partie parle des périodes des indépendances. L’Etat indépendant du Congo belge obtient l’indépendance en 1960, et devient la République démocratique du Congo. La même année, le Musée du Congo belge change de nom. Le documentaire interroge l’avenir de ces musées, en présentant les premières demandes de restitutions dans les années 1970, et l’avenir de ces collections face aux discours longtemps portés par les musées coloniaux comme celui de Tervuren. L’intervention des nombreux historiens, directeurs de musées et acteurs de ces questions, tant en Belgique qu’au Congo, fournit non pas des réponses, mais amène des réflexions sur ces sujets très actuels.

En somme, le documentaire de Daniel Cattier est réellement intéressant tant par les questions pertinentes qu’il pose, que les archives qu’il dévoile. Pour voir ou revoir ce film, Arte le diffuse gratuitement jusqu’au 21 octobre 2019.

Visuel : Affiche du film, ©Daniel Cattier, Totems et tabous. Musée Royal d’Afrique Centrale, 2018, 67min, ARTE GEIE

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Chloé Coppalle

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