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« Sous le Ciel d’Alice » de Chloé Mazlo, une ode au Liban

« Sous le Ciel d’Alice » de Chloé Mazlo, une ode au Liban

24 février 2021 | PAR Salome Helgoule Vallot

Sous le ciel du Liban, Alice, une jeune suisse expatriée, rencontre Joseph, un astrophysicien qui rêve d’envoyer le premier libanais sur la Lune. Ce sont les années 50 : la vie est douce, les gens sont insouciants. Mais bientôt, la guerre civile éclate. 

Alice ne tombe pas seulement amoureuse de Joseph ; elle tombe aussi amoureuse du Liban, de ses habitants et de ses rues, de ses odeurs et de ses chants. Chloé Mazlo réussit à emporter le spectateur dans ce Beyrouth chaleureux et joyeux où les coupures de courant sont devenues des occasions de dîner à la bougie et l’inaccessibilité à l’eau potable une excuse pour boire autre chose. La réalisatrice dépeint avec poésie et justesse ce Liban peuplé d’habitants jamais anéantis ni découragés par la réalité d’un quotidien pourtant difficile. Cette ambiance, subtilement recréée, projettera les amoureux du Liban dans des souvenirs devenus palpables tant la reconstruction est magnifiquement bien faite. Le choix de faire appel à des acteurs exclusivement libanais contribue évidemment à faire de ce film une peinture authentique de la vie à Beyrouth.

Les deux acteurs principaux, Alba Rohrwacher (Alice) et Wajdi Mouawad (Joseph), sont remarquables par leur capacité à saisir d’émotion le spectateur malgré le nombre très restreint de dialogues. Tout se joue visuellement dans le film : production hybride, entre stop motion et action live, cette création transcende les limites de la comédie dramatique pour proposer une expérience visuelle qui se nourrit du théâtre et de la danse. L’amour est dessiné, la guerre est chorégraphiée, la dislocation est symbolisée. Les plans sont mus par une poésie des mouvements et des couleurs qui offre avec pudeur et délicatesse la violence inouïe de la guerre civile du Liban. Car pas de détails sur les raisons géopolitiques, religieuses et sociales de ce conflit éternel ; seulement des images et des sons qui racontent cette lutte fratricide qui a secoué le pays.

La guerre. C’est sûrement dans l’adversité que s’est créé ce lien indéfectible entre les libanais, un lien si fort qu’il est difficile à comprendre pour ceux qui n’ont jamais connu cette peur incomparable de ne jamais revoir les êtres aimés. La solidarité et l’hospitalité de ce peuple se sont aussi construites dans ces cages d’escalier où les libanais couraient se cacher dans l’attente interminable de la fin des bombardements. Ces regroupements quasi-quotidien, qui font des voisins des membres de la famille, sont l’essence même de la force qui a permis au peuple libanais de toujours se relever. La solidarité et la résilience, voilà toute la beauté combative du Liban, magnifiquement bien mise en valeur par la réalisatrice, Chloé Mazlo.

Sous le Ciel d’Alice raconte cette douleur insupportable d’être incapable de reconnaître la pays dans lequel on a toujours vécu. De voir ses amis et sa famille se briser en même temps que son pays se fracture lentement. Et si cette rétrospective montre que le peuple libanais n’a jamais cessé de se battre pour sauver son pays, elle est aussi révélatrice d’une vérité saisissante : en un demi-siècle rien n’a changé. La douleur persiste. Les libanais continuent de manifester pour obtenir de meilleures conditions de vie, continuent de dénoncer la corruption de leur gouvernement, continuent de subir les conséquences des tensions géopolitiques du Moyen-Orient. Le 4 Août dernier c’était une explosion qui ravageait le port de Beyrouth et ses alentours. Et encore une fois, le Liban s’est relevé. 

AU CINEMA LE 21 AVRIL (sous réserve de l’évolution de la situation sanitaire).

Crédits visuels : ©Affiche du film

 

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