Cinema

Sortie ciné : Les mains en l’air

07 juin 2010 | PAR Geraldine Pioud

Mars 2067. Milana est une vieille dame qui se souvient. Lorsqu’elle n’était qu’une enfant, Milana a été menacée d’expulsion. Mais grâce à ses copains d’école et à la bienveillance de certains adultes, elle a pu rester en France. « Les mains en l’air » réussit à parler avec beaucoup de tact d’un sujet difficile, sans rentrer dans la polémique de bas étage. LE coup de coeur de ce mercredi!

Le 22 mars 2067, Milana se souvient de ce qui lui est arrivée soixante ans auparavant. Après l’expulsion de leur pote Youssef (qui n’a pas de papiers), les gamins réalisent assez vite que Milana, d’origine tchétchène et sans papiers également, risque à son tour d’être conduite hors du territoire français. Une vraie chaîne de solidarité se met alors en place, avec une décision extrême : disparaître avec Milana jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Seul indice laissé, un papier sur lequel il est écrit : « on s’appelle tous Milana ». Ils n’ont que dix ans et pourtant, chacun a bien compris les enjeux, les problématiques et les souffrances liés à ces expulsions : des gamins ingénieux et autonomes qui ont choisi la solidarité plutôt que la fuite. Une belle leçon de courage qu’il faudrait mettre plus souvent devant les yeux de tous ces adultes qui se cachent derrière leur petit doigt.

Romain Goupil aurait pu mettre littéralement les pieds dans le plat et se planter sur toute la ligne avec un sujet pareil. Il aurait pu. Mais le réalisateur est aussi audacieux que les gamins de son film! En plaçant tout son récit dans la perspective d’un souvenir, il met d’emblée à distance toutes les notions de politiquement correct qu’auraient affiché un récit au présent. Le flash-back est une arme magique qui ne place pas l’oeuvre dans la propagande et la fait exister par elle-même. Il a par ailleurs mis l’accent sur l’histoire d’amitiés qui lie tous ces enfants : tous innocents et pourtant responsables et incrédules devant l’incohérence des adultes. À un enfant on peut presque tout faire dire, car dans sa bouche les propos n’ont pas la même portée. Il faut dire par ailleurs que tous les jeunes comédiens sont absolument géniaux : ils sont vraiment à la hauteur aux côtés de ces grandes personnalités que sont Valéria Bruni-Tedeschi (audace du casting!) et Hippolyte Girardot.

Les mains en l’air nous parle de notre temps avec le regard d’une vieille dame. Les mains en l’air n’entre pas dans la propagande, reste dans la discrétion mais frappe un coup dur. Alors voilà : si certains compositeurs peuvent donner l’envie « d’envahir la Pologne », il existe des films qui, l’air de rien, nous invitent à être solidaires et engagés. Parce qu’au fond, « on s’appelle tous Milana ».

Les mains en l’air, de Romain Goupil, avec Valeria Bruni Tedeschi, Hippolyte Girardot, Linda Doudaeva
Sortie en salles le 9 juin 2010

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Geraldine Pioud

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