Cinema

Sortie ciné : Dioses

30 juin 2010 | PAR Geraldine Pioud

Au Pérou, de nos jours. Alors que le pays vit majoritairement dans la pauvreté, la haute société s’isole géographiquement, sur son Olympe, afin de se préserver des urgences sociales. Et pourtant, ce n’est pas en se prenant pour des dieux que l’on échappe à la misère morale.

Ils vivent en dehors de toute réalité et les seules contraintes qu’ils s’infligent dépendent de l’argent, du pouvoir, et des apparences. Eux, ce sont les personnages (car il s’agit bien d’une vaste comédie vaudevillesque) de la haute société péruvienne. Sur leur mont Olympe ils ont établi leurs propres règles du jeu, entre sauvetage des apparences et fièvre du pouvoir. Dans Dioses, le vernis se met à craquer, et ce qu’on y découvre en dessous n’est pas de toute beauté. Comme dans Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, la jeunesse éternelle se paye avec les larmes de la monstruosité du coeur. Habile dans sa mise en scène, le réalisateur Josué Méndez sème les indices de la désolation au fil des séquences. Il y a quelque chose de bancal (et de malsain) dans cette course effrénée à la superficialité. On le sent comme une évidence même si les preuves ne sont pas flagrantes.

Ce petit monde à l’esthétique colorée cache mal son machiavélisme et ses mensonges. Et plus la caméra se balade dans leur univers, plus elle pose l’objectif sur les tortures qu’ils se font tous subir. C’est insidieux. Glauque aussi. À force de vouloir trop se cacher ils en ont oublié l’essence même de l’existence, la « gratuité » des sentiments et de l’amour vrai qui ne peuvent s’épanouir que dans une forme de pureté altruiste. Josué Méndez s’est entouré d’acteurs qu’il a rendu lisses, « sans pli » : s’il flirte avec la caricature sociale, ce n’est que pour mieux en dénoncer la perversité. Et lorsque le masque tombe, l’effet est bluffant. Les apparences sont bien un fardeau et l’ennui n’est jamais très loin. Paradoxalement, Dioses a quelque chose de léger, d’aérien. Les mouvements de caméra offrent une vue d’ensemble, restant la plupart du temps à distance, comme pour conserver une sorte d’esprit critique. Salué au Festival de Biarritz Amérique Latine (Abrazo d’Or – Grand Prix), Dioses décape sans déraper. Une oeuvre prometteuse qui prouve, une fois de plus, qu’il faut vraiment compter sur tous ces jeunes cinéastes issus de pays hispaniques.

Dioses, de Josué Mendez, avec Maricielo Effio, Sergio Gjurinovic, Edgar Saba
En salles le 23 juin 2010

Infos pratiques

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Geraldine Pioud

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