Cinema

Rencontre avec Sophie Barthes, réalisatrice de Âmes en stock

01 mai 2010 | PAR Geraldine Pioud

Sophie Barthes , française d’origine, vit à New-York. Depuis son plus jeune âge, elle se balade à travers le monde : Âmes en stock (Cold Souls), son premier long métrage, respire cette « multi-culture » avec élégance et intelligence. Rencontre avec une réalisatrice à suivre (au moins!) ces 50 prochaines années.

Comment vous est venu l’idée du film?

Dans un rêve que j’ai eu il y a à peu près trois ans. Je venais de lire le livre de Karl Jung  L’homme à la recherche de son âme  et je venais de voir le film de Woody Allen Sleeper. J’ai rêvé que j’étais dans une clinique futuriste très proche de celle que l’on voit dans le film. Je portais une boite blanche et il y avait Woody Allen juste en face de moi qui avait aussi une boite. On attendait pour rencontrer un docteur qui nous disait que notre âme avait été extraite et qu’il allait regarder sa forme et analyser nos problèmes. Et quand Woody Allen ouvre sa boîte il découvre que c’est un petit pois chiche. Il est furieux et dit qu’après 40 films il ne peut pas avoir une âme de pois chiche. Et dans le rêve je me dis que c’est pas possible… Woody Allen est une de mes idoles, mon âme va être ridicule! Je vais ouvrir ma boite mais le rêve s’arrête à ce moment là. Donc je n’ai pas vu mon âme. Mais en me réveillant je me suis dit que c’était un rêve très narratif et qui était visuellement très précis et extrêmement drôle. Je voulais en faire un court métrage et puis de fil en aiguille j’ai pensé qu’il y avait le matériel pour un long.

C’est par rapport à ce rêve que Paul Giamatti garde son nom?

Oui. Au départ je voulais l’écrire pour Woody Allen mais je me suis dit que c’était pas très réaliste pour un premier film. J’avais peur de ne pas avoir accès à lui. Dans le même temps j’ai vu American Splendor dans lequel Paul fait une étonnante performance. Il a tout le côté Woody Allen : le névrosé new-yorkais intello et aussi une présence qui fait penser qu’il porte le poids du monde sur ses épaules Il a une profondeur, une mélancolie et une sensibilité qui transpercent l’écran. Cela m’a vraiment charmée et je me suis dit qu’il serait parfait pour le rôle. Il inspire la compassion, la pitié… alors qu’un personnage comme Woody Allen est plus léger dans sa névrose. Paul est plus vulnérable. Cela faisait un bon Oncle Vania, il y a la dimension de l’âme russe que l’on retrouve chez Tchekhov…

Woody Allen est-il au courant?

Peut-être car le film est déjà sorti aux États-Unis et on a eu deux articles dans le New-Yorker, un magazine auquel Allen contribue.

Vous avez parlé de Tchekhov, mais il y a aussi un côté théâtre de l’absurde.

J’adore ça! J’en ai beaucoup lu adolescente : Ionesco, Tardieu, Beckett, Anouilh… cela me fascine. J’adore aussi Boris Vian et plus généralement tout le mouvement surréaliste. Je trouve que c’est un mouvement très complet en peinture, en cinéma. Cela m’a beaucoup influencée. Adolescente j’avais un carnet de rêves. Je n’ai jamais eu de journal intime mais l’écriture automatique c’était pour moi une sorte d’auto-analyse. C’est une source de créativité.

C’est pour cela que dans votre film il y a quelque chose qui oscille entre réel et imaginaire. On ne sait pas si le personnage rêve par moments.

Tout au long du film Paul se réveille plusieurs fois. On ne sait jamais s’il rêve ou si c’est la réalité. J’aime l’idée de la science-fiction qui s’ancre dans le réel, car je trouve que la réalité telle qu’on la vit est déjà très surréelle, il suffit de voir une ville comme New-York! Cette technologie de l’ablation des âmes pouvait être une sorte d’étape post-Prozac. Si le Prozac ne marche plus pourquoi ne pas extraire l’âme et faire une anesthésie générale de l’âme. C’est comme une satire de la société dans laquelle on vit.

Pourquoi avoir fait un doublon États-Unis/Russie?

Je voulais flirter avec les clichés, et le plus grand c’est l’âme russe. On le voit bien dans la littérature. Dans un cliché il y a toujours un fond de vrai. Je voulais faire un effet miroir : ce sont deux pays qui ont une dynamique assez mouvementée. Il y a une relation de haine et d’amour entre eux. En même temps en Russie on admire les États-Unis : les jeunes s’habillent comme les américains, c’est une société ultra-matérialiste qui a par ailleurs une histoire et une culture importantes. Ils vivent dans ce paradoxe. Je trouvais ça comique d’imaginer que la Russie pouvait avoir un surplus d’âmes et les États-Unis un déficit d’âme! Et en même temps c’est quelque chose qui est difficile à expliquer : quand on dit qu’une ville a une âme, qu’est-ce que cela signifie?

Votre film est rempli de références. Ce qui m’a le plus frappé, c’est la correspondance avec l’univers de Kubrick : la clinique fait particulièrement penser à 2001 : l’odysée de l’espace et l’appartement du couple à Eyes Wide Shut.

C’est marrant on me l’a déjà dit, pour 2001 en tous les cas! J’adore les films de Kubrick. Dans le New York Times ils ont fait le parallèle avec Kubrick : c’est le plus grand éloge que l’on puisse avoir! Dans un premier film, c’est le charme autant que le défaut, on a tendance à mettre tout ce qu’on aime, alors j’ai certainement été influencée inconsciemment. Et puis quand on fait un premier film, on est forcément comparé à d’autres.

Pour votre prochain film, pensez-vous rester dans cet aspect surréaliste?

J’aime l’idée de faire de la science-fiction sans effets spéciaux. Le surréalisme reste mon mouvement préféré. Je suis ouverte à d’autres choses bien sûr : j’ai un projet d’adaptation de livre qui se passe dans les années 60. Mais je ne pense pas pouvoir faire un film d’action, un biopic hollywoodien ou un thriller.

Âmes en stock (Cold Souls), de Sophie Barthes, avec Paul Giamatti, Dina Korzun, Émilie Watson
Sortie en salles le 5 mai 2010

Pour découvrir un peu plus l’univers de Sophie Barthes, lisez notre article sur Âmes en stock!

Infos pratiques

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Geraldine Pioud

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