Cinema
Miracle, ambitieux et subtil labyrinthe en Compétition à l’Arras Film Festival 2021

Miracle, ambitieux et subtil labyrinthe en Compétition à l’Arras Film Festival 2021

21 novembre 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Réalisé par le roumain Bogdan George Apetri, Miracle marque du fait de ses longues scènes dialoguées et de son mystère, qui lui font traverser différents thèmes avec fluidité et fièvre. Il sortira distribué par Arizona Distribution.

La Roumanie, de nos jours. Cristina est novice dans un couvent. Mais cette vocation n’est peut-être qu’une façade. Elle sort une journée pour aller faire, dans la grande ville, une visite à l’hôpital, car elle se plaint d’avoir mal à la tête. Son aller-retour ne se passera pas comme prévu. Une enquête sur ce qui lui est arrivé suivra, conduite par l’inspecteur Marius, très exagérément concerné par ce cas…

Pour faire exister au mieux les personnages qu’il met en scène, Miracle imagine en premier lieu plusieurs longues scènes dialoguées, filmées via des choix d’angles très étudiés. Amples et portées par des échanges bien écrits, guère lourds, elles offrent un beau panorama de la société roumaine actuelle, et des questions qui l’agitent : place de la religion chrétienne, différences de classe, statut des femmes… La forme adoptée par ces séquences invite le spectateur à les vivre en lieu et place de la jeune Cristina – lorsqu’elle voyage avec un chauffeur de taxi frère de l’une des soeurs du couvent, avant qu’un médecin suffisant ne les rejoigne, par exemple – ou de l’inspecteur Marius, ainsi aux prises avec un collègue qui ne fait que lui raconter son rapport à la religion. On se trouve face à un travail artistique doté d’un vrai fond, et de personnages consistants, aptes à bien le figurer.

A d’autres endroits, le film sait aussi offrir de courtes séquences où le mystère règne. Ou des scènes en réalité imaginaire, où la transition entre rêve et réel s’opère très bien. Ainsi qu’une séquence de viol filmée crûment mais sans complaisance, dans laquelle l’horreur de l’acte est rendue perceptible sans effets appuyés.

Très maîtrisé, Miracle finit donc par se placer au croisement de plusieurs atmosphères, et tient son cap, en étonnant et en marquant. En laissant en suspens tout du long la question de la résolution, possible ou non, de toute cette histoire. À quelques moments, il égare un peu, en emmêlant fugacement ses thèmes. Mais il sait conserver suffisamment de maîtrise et de force pour apparaître comme un film réussi et original. Un côté fiévreux le traverse, transmis par les belles prestations de ses acteurs, au premier plan desquelles se distinguent celles de Ioana Bugarin et d’Emanuel Parvu, tous deux à vif, mais perdus au sein de territoires intérieurs lointains, et très différents. Peut-être incompatibles.

Présenté au Festival du Film européen d’Arras, Miracle sortira dans les salles de cinéma françaises le 18 mai 2022, distribué par Arizona Distribution.

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Visuel : © Arizona Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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