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Ma part du gâteau: Klapisch signe un pamphlet radical qui va diviser

Ma part du gâteau: Klapisch signe un pamphlet radical qui va diviser

24 janvier 2011 | PAR Gilles Herail

Délaissant la maîtrise léchée de ces précédents films, Cédric Klapisch part au combat en se faisant l’avocat de la France ouvrière. La critique d’un film maladroit mais attachant sauvé par la force de jeu et l’implication de Karine Viard.


Synopsis officiel: «
France, une mère de famille dunkerquoise, licenciée économique, quitte son mari docker et ses enfants pour « monter » sur Paris et y chercher du travail. Sur place, elle fera la rencontre d’un trader, événement fortuit qui ne sera pas sans conséquences pour elle…

Sous l’influence du cinéma anglais post Thatcher, les cinéastes français ont depuis quelques années pris à bras le corps le thème de la mondialisation financière et de la destruction du monde ouvrier (La très très grande entreprise, Louise Michel, etc.). Cédric Klapisch s’inscrit dans cette tendance et assume une opposition binaire : traders contre ouvriers, cyniques contre honnêtes, oisifs contre travailleurs. Aidé par une bande son rock dynamique, Klapisch abuse d’effets de montage pour créer un rythme endiablé, qui rappelle La crise et Chaos de Coline Serreau. Le cinéaste fait du personnage de Karine Viard une allégorie de tous les sinistrés qui cherchent à prendre sa revanche. Une héroïne pleine de gouaille à laquelle l’actrice apporte son énergie, sublimant un rôle écrit de manière caricaturale.  Dans des séquences familiales et de vie quotidienne débordant de vitalité.

Réputé pour la finesse de ses portraits, Klapisch s’enfonce malheureusement progressivement dans des oppositions grossières, distinguant les bons et les méchants, le cynisme et le bon sens populaire. Les dialogues tournent parfois au ridicule quand l’héroïne énonce des maximes toutes faites sur le sens de la vie, le trader confesse son incapacité à être heureux et le délégué syndical fait l’apologie du collectif. Le scénario perd le rythme savamment installé dans la première partie en jouant sur la rencontre bateau de deux personnages que tout oppose et on ne comprend les intentions du réalisateur que dans les dernières images. Une séquence troublante, qui marque une vraie radicalité et laisse entendre que les maladresses et le manichéisme du film sont assumés.

Klapisch a voulu un film coup de gueule, pas forcément raffiné, mais en colère. Cette ouvrière qui se bat contre les prédateurs/traders s’appelle France et c’est cette France dont le réalisateur dénonce la destruction. Ma part du gâteau est désarmant de naïveté et détonne dans la carrière d’un réalisateur qui nous avait habitué à plus de finesse. Certains y verront une oeuvre gauche caviar dirigée par un réalisateur démagogue qui veut se donner bonne conscience. On peut aussi et surtout y voir un film militant brouillon, imparfait car très instinctif, qui traduit à l’écran de manière brute une grogne sociale montante.  Faite-vous votre avis!

Un film américain aussi sorti en mars nous parle de la crise d’un point de vue outre atlantique: la critique ici de « The Company Men », un beau drame social avec entre autres Tommy Lee Jones et Ben Affleck.

Gilles Hérail

Ma part du gâteau, un film de Cédric Klapisch avec Karine Viard, Gilles Lellouche et Audrey Lamy, sortie le 16 mars 2011

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Gilles Herail

9 thoughts on “Ma part du gâteau: Klapisch signe un pamphlet radical qui va diviser”

Commentaire(s)

  • Fatou

    Cédric Klapisch sera présent sur le plateau de Ciné Series et Cie le mardi 1 mars 2011 de 13h15 à 16h. Vou pouvez vous aussi le rencontrer en participant à cette émission, pour cela contactez n,ous au 06.60.61.00.60 Au plus vite

    Au studio Visual au métro JAVEl ligne 10 et RER C

    février 22, 2011 at 14 h 21 min
  • Gaelle

    Je n’ai pas encore vu le film, mais j’ai vu la bande-annonce et il semblerait qu’il n’y ait pas que Karine Viard dans ce film… Pas un seil mot sur Gilles Lellouche ?

    mars 11, 2011 at 9 h 58 min
    • Gilles

      Vous avez tout à fait raison, Gilles Lellouche tient un rôle très important dans le film. C’est aussi malheureusement le personnage écrit de la manière la plus caricaturale et qui sert finalement plus de faire-valoir malgré la qualité du jeu de l’acteur. Voilà pourquoi j’ai surtout insisté sur le personnage de France incarné par Karine Viard qui porte réellement le film! J’attends votre avis sur le film quand vous l’aurez vu!

      mars 11, 2011 at 11 h 10 min
  • esther

    C’est un film affreux, raciste au plus au point. Ce ne sont pas des oppositions mais des stéréotypes ( les arabes et les gâteaux au miel, les chinois qui envahissent le monde, les femmes qui souffrent, les financier des connards) , la bande son n’est pas rock et elle vaguement rythmée.
    film fascisant, à chier et à fuir.

    avril 2, 2011 at 21 h 44 min
    • Gilles

      Klapisch utilise surement des stéréotypes et des caricatures pour opposer la solidarité ouvrière ancrée dans la réalité et le monde cynique des traders qui vivent loin des préoccupations de l’économie réelle. Cet aspect caricatural est effectivement assumé dans le film. Film « affreux », « à chier », « à fuir », chacun son avis, je ne le contesterai pas… Par contre sur « raciste », nous n’avons pas du voir le même film: « les chinois qui envahissent le monde » ne fait pas vraiment partie du discours du film qui met en accusation le monde financier et non la concurrence chinoise, la seule phrase faisant allusion à ce que vous dites étant « est-ce-que j’aurais pu imaginé le réveil de la Chine »; niveau racisme, on a fait pire… Un film « fascisant »? Evitons d’employer des mots dont les connotations historiques sont sérieuses et douloureuses, surtout pour décrire une comédie sociale que l’on peut surement considérée comme ratée mais qui ne mérite pas de telles attaques infondées.

      avril 3, 2011 at 10 h 18 min

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