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« Deux moi » : Klapisch nous emmène en psychothérapie

« Deux moi » : Klapisch nous emmène en psychothérapie

12 septembre 2019 | PAR Pierre-Lou Quillard

Nous avons vu Deux Moi, la nouvelle comédie-romantique estampillée Cédric Klapisch. Celui qui a filmé mieux que personne les amitiés et les amours internationaux reste intra-muros cette fois et choisit de prendre à contre-emploi le genre de la comédie-romantique.

C’est au détour d’une rue du 5ème arrondissement, rue de Valence, au croisement de la rue Monge et de l’avenue des Gobelins, que nous étions tombés par hasard sur un morceau du tournage. Rue bloquée. Qu’est-ce qui se passe par ici ? Des ingénieurs sont en position à chaque coin de rue, perche et talkie en main. Un acteur en veste bleue sort d’un immeuble… Il est de dos. C’est une scène sans dialogues.

Sur le trottoir d’en face, un chariot de travelling, suit le mouvement du comédien. A la gauche du rail, un homme assis regarde le retour caméra dans une extrême concentration, entouré de sa script et d’un bouquet de techniciens. L’ambiance est studieuse. Après un instant, on le reconnaît tout de suite. Klapisch est aux commandes. François Civil est de la partie. Klapisch lui donne des indications de jeu entre chaque prise.  « Est-ce le tournage de la prochaine saison de Dix pour Cent  ? » est-on en droit de se demander. Sauf que non, Klapisch ne réalise plus… Civil ne fait pas non plus partie du casting de la dernière saison. C’est lui qui nous répond durant une pause au chariot cantine, un caisson à roulette situé en plein milieu du trottoir de l’avenue des Gobelins où il se sert un café. « Non. C’est un film. C’est le tournage du prochain Klapisch. Ça s’appelle « Deux Moi » ». Le temps de discuter une minute et on laisse l’acteur se concentrer à nouveau. Dans le film, cette sortie d’immeuble du 5ème est en fait la sortie de de deux immeubles mitoyens du 18ème arrondissement où vivent les personnages principaux : la magie du cinéma.

Deux trentenaires vivent côte-à-côte et n’arrêtent pas de se croiser sans jamais se rencontrer. Mais finalement, que la rencontre ait lieu (on s’en doute) ou non, c’est peu important car la force du scénario est justement de montrer parallèlement deux êtres faits pour se rencontrer, leurs parcours de vie sensiblement similaires ou complémentaires, mais qui ne sont pourtant pas dans de bonnes conditions sur le plan personnel pour pouvoir se rencontrer. Ce n’est pas un film sur une rencontre mais un film sur l’avant. Au fond, Klapisch montre que deux personnages ne peuvent se rencontrer tant qu’ils ne sont pas dans un état propice à la rencontre, tant qu’ils ne sont pas en paix avec eux même, confiants, dans leur assiette. Qu’est-ce qu’être trentenaire et célibataire dans l’anonymat d’une grande ville comme Paris quand on est quelqu’un.e de réservé.e ? Les tunnels sombres du métro parisiens défilent dans le générique comme un cheminement les galeries d’une fourmilière. Rémy (François et Mélanie contemplent la valse des TER qui vont et viennent en Gare du Nord depuis leur fenêtre du 6ème étage. Le regard dans le vague. Quelque chose ne va pas. L’une dort trop. L’autre fait des insomnies… Il faut peut-être « aller voir quelqu’un ? »…

Ce film est une psychothérapie. Klapisch le revendique presque en choisissant d’apparaître en caméo dans une soirée de psys. Il envoie ses personnages chez des psychothérapeutes pour leur faire identifier les angoisses qui les rongent et les empêchent de vivre leur vie correctement. « Je ne vois pas ce que je peux vous raconter » explique Rémi (François Civil) désemparé à son psychothérapeute interprété par l’immense François Berléand. Se suivent un jeu de regards et de silences comiques. Il faut du temps pour comprendre et pour mettre des mots sur ce que l’on ressent. De l’autre côté, Camille Cottin dirige les séances avec Mélanie (Ana Girardot) qui sait déjà ce qui ne va pas. Mais « il ne suffit pas d’avoir compris le problème pour régler le problème » lui explique la psychothérapeute. Klapisch ne presse pas l’action et la fait évoluer dans la durée, sur plusieurs mois de thérapie.

Drôle, sensible, bien écrit, simple… un beau film et une bouffée de fraîcheur pour la rentrée !

Deux moi, de Cédric Klapisch, avec François Civil, Ana Girardot, France, Sortie le 11/09/2019

 

visuel : affiche du film (c) studiocanal

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