Cinema

L’univers enchanteresque des Fables de Starewitch d’après Jean de la Fontaine

27 janvier 2011 | PAR Coline Crance

Ladislas Starewitch est le précurseur des films d’animations en cinémarionnettes. Cinéaste russe d’origine polonaise ,il a fui la Russie au lendemain de la révolution bolchevique. Il emménage définitivement en France à partir de 1920 et installe son studio à Fontenay-sous-bois. Son travail a influencé beaucoup de réalisateurs , tels que Tim Burton, Terry Gilliam, Ray Harryhausen ou encore Wes Anderson avec son Fantastic Mr.Fox. La virtuosité de ce magicien de la ciné-marionnette reste inégalée et fait de lui un grand précurseur dans son genre avec son collège tchèque Jan Svankmajer. La ressortie en salle le 9 février 2011 de ses fables de la Fontaine est un plaisir de magie et de prouesse à ne pas manquer.

De même que la Fontaine s’inscrit dans la continuité des grands anciens tels qu’Horace ou Esope,  Starewitch s’inscrit dans les traces de La Fontaine mais aussi de l’écrivain et fabuliste russe Ivan Krylov. Le cinéma se prête bien à la tradition des fables qui ont la qualité d’être à la fois orales, écrites,  morale et poétique. Les époques passent et le regard change. Ladislas Starewitch par la magie de la cinémarionnette redonne aux fables un oeil neuf, moderne parfois beaucoup plus cruel que celui de la Fontaine. La cinémarionnette par son réalisme maintient le spectateur à la frontière du conte et de la réalité. Les grenouilles qui demandent un roi est une fable politique mais elle se teinte d’un regard beaucoup plus critique et neuf sur les régimes en place dans la période trouble de l’entre-deux guerres. Starewitch a connu l’empire tsariste, sa chute et les débuts de la révolution bolchevique quand il tourne ce court-métrage. Il dépeint toute une société et ancre son oeuvre dans une dénonciation de la société qui dépasse et déborde Jean de La Fontaine. La cigale chez Starewitch devient le symbole de l’artiste moderne et bohème, vivant au jour le jour qui va au-delà de la simple écervelée décrite par La Fontaine.

Mais le monde de Starewitch est aussi un univers de liesse et de musique qui dégage une poésie subtile. La gravité s’allie à des scènes de libations, de joie qui ne masquent pas moins la fin tragique notamment de cette cigale, interdite d’asile et enterrée par le cortège des fourmis silencieuses après être morte de froid. Chez Starewitch de façon encore plus prégnante que chez la Fontaine, les mondes s’opposent, se répondent ou se contredisent d’une fable à l’autre. Le rat des champs et le rat des villes sont différents mais se comprennent. La Fourmi et la Cigale, appartenant chacune à une autre espèce, ne peuvent s’entendre et seule la mort de l’une d’entre elles les réunies. Vision pessimiste et cruelle de la société du début du siècle ?  Chez Starewitch,  les fables sont d’autant plus intéressantes qu’elles sont toujours en demi-teinte , aigre-douces laissant parfois échapper quelques moments de joies ou de repos néanmoins toujours traqués par une angoisse certaine et contemporaine.

Les Fables de Ladislas Starewitch d’après Jean de la Fontaine. Sortie le 9 février 2011. durée : 1h10 année : 1920

Infos pratiques

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Coline Crance

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