Cinema
Une journée en noir & blanc au Festival Lumière

Une journée en noir & blanc au Festival Lumière

17 octobre 2019 | PAR Lou Baudillon

Pour cette nouvelle journée au Festival Lumière, l’occasion est à la (re)découverte de deux grands classiques du noir et blanc à l’étrange corrélation : le mal face à l’innocence.

La nuit du chasseur

Considéré comme l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma, la Nuit du chasseur de Charles Laughton est aujourd’hui un classique. Ce film noir de 1955 est façonné comme un conte. L’ogre du conte est ici un prêtre à peine sorti de prison, arrivant dans une petite ville dans l’idée de retrouver l’argent de son codétenu exécuté pour vol. Les seuls à connaître l’emplacement de ce trésor sont les enfants de l’homme rencontré en prison. Manipulateur, l’inquiétant prêcheur retourne contre eux la ville entière ainsi que leur propre mère, qu’il épouse. Livrés à eux mêmes, les enfants s’engagent dans une course poursuite haletante afin de se protéger de l’homme passablement maléfique. L’innocence et la noirceur se mêlent subtilement dans ce drame à la beauté photographique saisissante. Le directeur de la photographie, Stanley Cortez, est à l’époque considéré comme le prince des noirs et blancs qu’il veut très contrastés. Le film est une succession d’images plus fascinantes les unes que les autres par ses noirs profonds et ces halos de lumières transperçants. Sont également stupéfiants, les décors de tailles réduites utilisés pour les plans larges, leur donnant cette particularité très poétique.

M le Maudit

M le Maudit de Fritz Lang fait parti du Panthéon des plus grands films du cinéma. Ce film déroutant de par son histoire et sa richesse sort en 1931. Il s’agit d’un film sur le mal. Plus précisément sur l’interrogation : d’où vient le mal. Où peut bien naître la pulsion de violence qui nous habite, la pulsion de destruction ? En menant un récit d’abord énigmatique autour d’un meurtrier de petites filles surnommé M et pourchassé par toute une ville, Fritz Lang affronte ce mal. Le film, symbole de l’expressionnisme allemand avec son tournage entièrement en studio, sa composition et ses noirs profonds, abrite pourtant un réalisme singulier. C’est lorsque le récit s’emballe que l’on commence à voir les racines du mal, mais aussi que nous apparaissent les émotions du tueur. Véritablement malade, celui-ci est bouleversé par la pulsion qui le pousse à détruire. Cet homme au regard d’animal traqué fait naître une empathie déroutante face à ceux qui le chassent, poussés par des attentions bien éloignées de la morale. La complexité du dégoût et de l’attachement que provoque chaque protagoniste engage un long métrage ambigüe et sublime, porté par une alternance géniale de scènes muettes et sonores ainsi que par une photographie inoubliable.

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Visuels : ©Affiches originales

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Lou Baudillon

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