Cinema
L’Etrange Festival : chronique d’un monde au bord du chaos

L’Etrange Festival : chronique d’un monde au bord du chaos

11 septembre 2013 | PAR Yohann Marchand

J-4 avant la clôture de la 19ème édition de l’Étrange Festival. Au programme de cette dernière ligne droite : les états-âmes d’un policier russe et un cow-boy perdu au pays des rednecks.

The-Major_portrait_w193h257 La révélation : The Major, un film de Yury Bykov. Polar, Russie, 1h39. Sortie inconnue.

Sélectionné à la Semaine Internationale de la Critique au dernier Festival de Cannes, Yury Bykov poursuit sa tournée hexagonale avec son polar crépusculaire contestataire. The Major débute sur une bonne nouvelle : le commandant de police Sergey Sobolov apprend que sa femme est prête à accoucher. Surexcité, il brave la neige au volant de sa voiture et renverse un enfant. Cet accident de la route conduira Sergey à se révolter contre un système vérolé par la corruption. Yury Bykov colle au plus près de ce commandant pris de remords et à qui on refuse toute condamnation. Une situation ubuesque où chaque officier s’efforce de camoufler ce crime tout en étant conscient de leurs mauvais agissements. Une question d’habitude, de déni de la réalité, comme s’ils étaient de simples pions manipulés par une force invisible qui les endoctrinent dans une logique de destruction programmée. Yury Bykov multiplie avec sobriété et efficacité de majestueux plans séquences pour renforcer un aspect documentaire à The Major. Une approche intimiste qui contribue à transformer ce simple polar en brûlot contre le système politique russe. Un acte citoyen qui devrait faire grincer des dents Poutine, mais surtout annonciateur d’un grand réalisateur.

ib1sb5q850xhzqqgnxp2msb6inuf L’OFNI : The Rambler, un film de Calvin Lee Reeder. David Lynch Touch. États-Unis, 1h37. Sortie inconnue.

Il était une fois Dermot Mulroney (Le Mariage de mon meilleur ami, Zodiac, Stoker) qui se la joue cow-boy en mal de réinsertion. Plongé dans un mutisme carcéral il s’éprend d’une séduisante cavalière habituée à en découdre avec les vampires, Lindsay Pulsipher (True Blood). Calvin Lee Reeder aime déstabiliser le spectateur, le plonger dans un délire sensoriel mi inquiétant mi hilarant. Un trip sur les terres d’une Amérique cachée où pullule une flopée de rednecks tout aussi adorables que les monstres de foire de Freaks. On croise ainsi un pseudo scientifique qui transporte des momies, un joueur de poker dont le vice est de s’acoquiner avec un homme dangereux qui lui fait « des trucs au cul », et un chauffeur de taxi qui nous confesse son étrange addiction : « j’aime les femmes blessées » physiquement bien sûr. Du grand délire lorgnant du côté de David Lynch sans pour autant avoir la prétention d’égaler le Maître de l’Étrange. Calvin Lee Reeder livre même quelques clés pour interpréter son grand barnum. Ce cow-boy des temps modernes incarnerait le mythe de Frankenstein, un monstre créé des mains d’une société déjantée. « Tout ce mystère m’intrigue » finit par nous avouer Lindsay Pulsipher. Un sentiment partagé avec un plaisir coupable tant The Rambler est une œuvre jouissive par sa folie communicative.

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