Cinema

L’Algérie au coeur du dernier jour du Festival Cinemed [Jour 9, Live-Report]

L’Algérie au coeur du dernier jour du Festival Cinemed [Jour 9, Live-Report]

29 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Alors que tous les films en compétition ont déjà été vus et apprécié et que c’est ce samedi soir que les jurés de la 39e édition de Cinemed remettaient leurs prix, cette journée du 28 octobre était placée – comme une belle partie du festival- sous le signe de l’Algérie.

En effet, dans la matinée, le Corum projetait deux films de Merzak Allouache, immense réalisateur Algérien, à qui l’on doit notamment Bab el Oued (2005) et Le Repenti (2012) et qui voyait tout ses films repasser à Montpellier ces jours-ci. Nous avons commencé par l’un des plus récents Les terrasses (2013) qui dresse un portrait d’Alger en extérieur haut, avec des artistes, une famille à l’oncle fou et un mafieux. Un film lent et lancinant aux paysages puissants. A 11h, c’est une comédie de 1996 avec l’extarodinaire Gad Elmaleh et Messaoud Hattou qui repassait. Tendre, sensible, drôle et à vif, Salut Cousin ! met en scène quelques jours passés par un jeune algérien idéaliste en mission à Paris et de passage chez son cousin. Derrière un Paris terre d’immigration et multiculturel (visite à la Mosquée, plusieurs générations d’Algériens, musulmans mais aussi un juif sont présents), c’est un Alger meurtri, dangereux et exsangue qui est évoqué.

« Salut Cousin » de Merzak Allouache – Bande-annonce from Samsa Film on Vimeo.

Au même moment et toujours au Corum, à travers une série de projection de courts-métrages du pays, c’est =une large tranche de la diversité et de la créativité de l’Algérie qui a été évoquée. Du côté des courts-métrages, plusieurs films donnent à rêver Alger ou au contraire nous confrontent à sa réalité Commençant par une vue du ciel résonnant assez fort avec Les Terrasses de Allouache, Les Baies d’Alger de Hassen Ferhani (14’, Algérie/France, 2006) est une sorte de « La Vie Mode d’emploi » qui fonctionne en close-ups comme une radioscopie de ce qui se dit et s’entend derrière les façades de la capitale. Après avoir fait le tour des festivals du Maghreb depuis un an, et être passé par Madagascar, Je te promets, de Mohamed Yargui (17’54, 2015) est arrivé à Montpellier. Le film met en scène la promesse d’un frère à sa sœur dans un village pauvre où les parents n’ont pas de quoi éduquer les deux enfants. Nabil Asli joue les cowboys spaghetti au cœur chamallow dans Demain, Alger de Amin Sidi-Boumédiène (2010, 19’53). Un film où le héros boude parce que son meilleur ami part étudier à Paris et où l’on a l’impression nostalgique que demain, ce sont les années 1980. Dans L’île (Al Djazira, 2012, 35’), le même Amin Sidi-Boumedienne met en scène, haut en couleurs, un homme qui se réveille casqué échoué sur une plage. Sans parler, sous un ciel aussi électrique que la musique qui l’accompagne, Il marche hypnotiquement vers Alger, où les mots fusent. Quitte à troquer sa liberté contre une identité ?

Après un petit break de films dans l’après-midi pour un tour des musées de la ville, tous gratuits : d’abord, nous sommes allés à La Panacée, où il était impossible d’avoir une table pour déjeuner, mais où Saâdane Afif, Jacques Charlier et quatre jeunes artistes nous ont fait réfléchir (article, ici). Nous avons frissonné avec AL Sticking au Carré saint-Anne (article) et avons eu grâce à Cinemed un merveilleux tour des collections permanentes du Musée Fabre (y compris le Poussin restauré et l’aile de la donation Pierre Soulages de 2005) ainsi qu’une visite guide dans le facs à face réussi Bacon / en exposition temporaire (lire notre article publié il y a quelques semaines).

Le temps de passer se changer pour la soirée de Clôture (lire notre article sur le triomphe de Manuel, de Dario Albertini) et nous étions fins prêts à acclamer le Palmarès d’une année placée sous le signe des femmes, de l’Algérie et d’une sélection si formidable qu’elle a été saluée plusieurs fois, notamment par les différent jurés, la Présidente de celui de l’Antigone d’or Aure Atika et celle du Festival, Aurélie Filippetti, toute de rouge vêtue et absolument ravie par cette 39e édition. Alors que le tout grand 40e anniversaire du Festival se prépare déjà pour l’an prochain, Cinemed s’est terminé par la projection en avant-première de l’adaptation par Mélanie Laurent de Plonger de Christophe Ono-Dit Biot. Un film un peu démonstratif que sa réalisatrice n’est pas venu présenter parce qu’elle était bien loin de la Méditerranée : soit en Argentine, soit en Afrique du Sud…

visuels : YH

Les personnages des « horloges crépusculaires » de AL Sticking sonnent le glas des illusions au Carré Saint-Anne [Montpellier]
La playlist d’un obscur objet du désir
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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