Cinema

Kiss the past hello : la première exposition intégrale des Photos de Larry Clark au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

07 octobre 2010 | PAR Coline Crance

Le musée d’Art Moderne de la ville de Paris présente l’intégralité de l’œuvre photographique de Larry Clark. L’exposition, conçue en étroite collaboration avec l’artiste revient sur cinquante années de création à travers plus de deux cents tirages d’origine, pour la plupart inédits, notamment l’intégralité de la série intitulée Teenage Lust. « Kiss the past hello » est une plongée dans le passé, une tentative pour Larry Clark de retrouver un temps disparu. Exposition autant polémique que magnifique, elle propose un bref voyage dans l’univers de Larry Clark. L’exposition est interdite au moins de 18 ans.

Qu’en  est-il de la polémique et de cette interdiction aux mineurs ? La question était sur toutes les lèvres et occupe les esprits et peut-être même brouille le regard du spectateur.Mais cette forme « d’autocensure » de la part du musée d’Art Moderne de la ville de Paris n’est pas non plus une exception. L’exposition Eros à la Bibliothèque nationale de France en 2007 avait été interdite au moins de 16 ans pour préserver l’intégrité de la jeunesse. Christophe Girard, adjoint au maire de la ville de Paris, chargé de la culture s’est lui-même exprimé sur le sujet. Pour lui, cela ne relève pas de « l’autocensure » mais bien d’un choix artistique et d’une contrainte légale : « On a fait le choix de l’intégrité pour pouvoir montrer l’intégralité de l’exposition, il fallait respecter la loi , qui s’est durcie passant de 16 ans à 18 ans ». Quant à Larry Clark, il s’est dit heureux et fier d’avoir une rétrospective intégrale à Paris mais regrette que les adolescents ne puissent voir ses photos : « je suis très fier d’avoir une rétrospective à Paris, je regrette que ce ne soit pas possible pour les adolescents de pouvoir venir voir mon travail. Néanmoins vous savez quand on interdit les choses, on arrive toujours à les voir par d’autres moyens, comme par exemple, à travers le catalogue de l’exposition qui sortira chez des éditeurs » Interdiction qui pousse à la transgression, au fond c’est peut-être toute la thématique de l’œuvre de Larry Clark…

Mais il est utile de rappeler que Larry Clark est avant tout un photographe et un cinéaste qui a toujours souhaité représenter la réalité sans fard. Par ces tirages en noir et blanc toujours éclairés par une lumière mystique, ces corps meurtris, esseulés prennent vie. Chez Larry Clark, la réalité joue toujours avec les frontières de la fiction par la brutalité et la violence des univers, et des corps qu’il photographie ou filme. Sa vision sensible n’évoque pas mais sait figurer les corps couverts de meurtrissures physiques et morales.. Et l’exposition de Larry Clark est avant tout un travail de longue haleine, porté par une vision artistique propre et intime ( comme le montre le début de l’exposition consacrée aux photos de sa mère ). Il photographie ces adolescents, et capte leur intimité, leurs moments de doutes, leurs angoisses qui s’expriment à travers  la drogue, la découverte de la sexualité, le jeu avec la mort…

L’exposition retrace les photos de Larry Clark prises entre 1962 jusqu’à la fin des années 70 puis celles prises en studio en 1992. Ces premières photos faites à Tulsa, ville natale de l’artiste, retrace sa vie quotidienne, imprégnée et marquée par des expériences diverses. Elles sont les prémices de la construction de sa propre mythologie personnelle. Livre choc, il influence rapidement une série de cinéastes tels que Martin Scorsese pour Taxi Driver et Gus Van Sant pour Drugstore Cowboy dont l’univers jeune et désenchanté est assez proche de celle de Larry Clark ( Elephant ou Paranoïd Park). La série Teenage Lust est quant à elle, l’expression même de ce «  Kiss the past hello ». Le photographe semble tirer les fruits d’un retour sur ses vingt ans désormais lointain. Regard sur le passé, réflexions intimes, l’œuvre de Larry Clark est pourtant loin du nombrilisme mais est plutôt la mise en marche d’une véritable construction d’un univers mental et artistique qui éclot dans son cinéma par le controversé mais culte Kids en 1995. Ces photos pour les amateurs des films de Larry Clark expriment cet univers latent ou rien n’est encore complètement né voire et même parfois mort né. Tout n’est qu’en progression et en découverte. La photographie de quatre latinos jouant au bras de fer sur un coin de table évoque Wassup rockers. L’univers de la série Teenagers lust se concrétise dans Kids puis dans Ken Park

Larry Clark est un artiste qui se construit pas à pas avec le temps. Doué d’une véritable indépendance d’esprit et d’un regard sensible, il est appréciable de le découvrir et de le comprendre par cette première rétrospective intégrale que le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris lui consacre.

Exposition Didier Marcel :

Par ailleurs, Le musée d’Art moderne expose l’artiste Didier Marcel en parallèle de l’exposition consacrée à Larry Clark. Dans un tout autre univers, le visiteur s’enthousiasmera  de l’univers détonnant et prosaïque de cet artiste : balade entre quelques rondins de bois, « arbres » qui bougent sur roulette, fer rouillé qui soudain semblent s’animer , tels de grands cerfs …Didier Marcel réveille et donne vie ainsi à toute une Nature à travers la technique et son univers chimérique ….

Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, 11 avenue du Président Wilson 75016 Paris. www.mam.fr tel : 0153674060 ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Métro : Alma Marceau ( rer C, ligne 9) ou Iéna (ligne 9).

Du 8 au 10 Octobre se déroulera en parallèle le « week end Larry Clark » à la cinémathèque française 51 rue de Bercy 75012. métro Bercy ligne 12

Infos pratiques

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Coline Crance

4 thoughts on “Kiss the past hello : la première exposition intégrale des Photos de Larry Clark au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris”

Commentaire(s)

  • Amelie Blaustein Niddam

    Photos magnifique , mais expo trés trés brève, seules deux belles salles. Dommage qu’il n’y ait pas eu d’extraits de films et des sons.

    octobre 7, 2010 at 16 h 43 min

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