Cinema

Interview de Radu Muntean, cinéaste de Mardi, après Noël

23 novembre 2010 | PAR Coline Crance

Le film du cinéaste roumain Radu Muntean, « Mardi, après Noël », sort le mercredi 8 décembre 2010. Film très juste sur les relations amoureuses, il dresse le portrait d’un homme marié aimant deux femmes. Un jour elles se rencontrent par hasard et il se voit obligé de faire un choix. Ce film sélectionné à « Un certain regard » au festival de Cannes 2010 et primé dans de nombreux autres festivals, est un petit bijou incontournable des sorties cinéma du mois de Décembre. Toutelaculture.com est donc allé rencontrer le cinéaste Radu Muntean qui a bien voulu répondre à nos questions.

Pourquoi avez-vous choisi d’aborder le thème du divorce dans votre dernier film Mardi, après Noël après avoir tourné La Rage, Boogie …. ?

Pour moi ce n’est pas vraiment un film sur le divorce. C’est avant tout un film sur le choix d’un homme qui aime deux femmes. Certes le divorce est le thème sous-jacent , c’est un peu l’ultime conclusion de cette situation. Mais je voulais avant tout montrer le choix difficile auquel est confronté cet homme face à ces deux femmes aux personnalités si différentes. Et je ne pense pas que ce soit une forme de crise de la « quarantaine ». L’âge n’a pas d’importance , en amour on peut toujours être confronté à ce genre de choix. J’ai basé mon film sur cet équilibre et cette déchirure à la fois. Paul ( Mimi Branescu) se construit en fonction de ses deux femmes , Adriana et Raluca. A l’idée de devoir faire un choix seul qui n’implique que lui , il est désespéré.

Quand vous avez écrit le scénario, aviez vous déjà vos acteurs en tête ?

J’avais en tête déjà Mimi Branescu et Maria Popistasu qui joue la maîtresse. Mirela Oprisor qui joue Adriana j’ai fait un mois de casting d’une dizaine de femmes. Finalement j’ai choisi Mirela. Je ne pense pas que c’était la plus constante mais elle transmettait quelque chose, une émotion que je voulais et que j’arrivais à capter avec ma caméra.

Pourquoi avoir choisi la période de Noël , moment familial par excellence, pour situer l’action de ce film ? Pensez vous que Noël paradoxalement est un moment plus sujet aux séparations ?

Je pense que c’est le moment ou la famille se fait plus présente. Il aime les deux femmes , il voit sa fille prise dans une situation difficile et il connait les deux familles. Pour moi , Noël est un moment symbolique qui rend son choix d’autant plus difficile. C’est un nouvelle vie qu’il choisit , d’où mon titre « mardi après Noël ». Mais est-ce une meilleure vie pour lui ? Le film est avant tout basé sur cette culpabilité qui le ronge en permanence et qui fait que quelque soit le choix qu’il fait , il ne sera jamais heureux. Il aime ces deux femmes de façon très différentes mais il a besoin des deux. Et je pense que situer l’action à Noël m’a permis d’offrir à mon film plus d’intensité et de sentir le froid et la culpabilité qui le ronge.

Comment dirigez vous vos acteurs ? En effet le film traite d’une situation sensible , mais Paul (Mimi Branescu) , ou sa femme Adriana même lors de la scène de l’aveu expriment toujours une certaine retenue, dignité , rien finalement ne passe par la parole tout semble passer à travers leur corps.

Je ne comprends pas  les cinéastes qui abasourdissent leur acteurs de recommandations. Pour moi le jeu passe par un moment , une atmosphère que mes acteurs peuvent me transmettre. Je leur laisse un grande liberté de jeu pour qu’ils puissent justement se sentir à l’aise et laisser aller leur émotion. Mimi Branescu a effectivement un jeu très « corporel ». Tout passe à travers son corps , son visage. Je ne pense pas que cela soit important de dicter les dialogues aux acteurs. Le truc je pense avec la caméra c’est de capter une atmosphère, quelque chose que  l’acteur lui-même n’aurait peut-être pas penser ou préméditer. C’est pour ça que je suis toujours content de travailler avec des acteurs très talentueux, enfin qui sont « corporellement » acteurs tel que Mimi Branescu.

Pourquoi avoir voulu choisir de traiter ce sujet d’un point vue masculin ?

Rires. Sans doute parce que c’est le point de vue que je connais le mieux. Pour moi je trouvais intéressant de le traiter uniquement du point de vue masculin pour bien voir ce balancement , son hésitation entre les deux femmes. Mais peut-être que mon film suivant portera sur ce thème mais du point de vue féminin , je pense que cela donnerait un film extrêmement différent.

Quelle est pour vous la portée de votre fin ouverte dans votre film ?

Je pense qu’au cinéma on peut se permettre de ne pas boucler le film. On ne sait pas trop s’il va rester avec sa femme finalement aller avec Raluca. Mais au fond ce n’est pas vraiment la question et je trouve important que le spectateur se pose la question. On est trop habitué à avoir une « fin » claire et définie. Si on faisait un remake du film pour une série ou un téléfilm oui peut-être alors on serait obligé de savoir , mais au fond savoir quoi ? On ne décide jamais de rien.

D’ailleurs après la scène des aveux, Raluca disparaît complètement du film physiquement, quelle portée symbolique donnez vous à ce choix de mise en scène ?

Oui je voulais la montrer différemment. Raluca est tout le temps là. Mais après la scène des aveux, elle n’a plus besoin d’apparaître physiquement. Paul est parti. Du coup elle existe différemment : à travers son appartement , très « fille » et pas du tout fait pour accueillir un homme qui ne trouve pas de place pour lui. C’est aussi là où l’on comprend que ce n’est pas forcément une fin heureuse pour Paul. Après avoir choisi, il se retrouve en déséquilibre dans sa vie amoureuse et quelque part il ne sait toujours pas s’il a fait le bon choix.

Question plus générale, quelle est la situation du cinéma en Roumanie aujourd’hui ?

Il y a une dizaine d’années le cinéma roumain renaissait plus ou moins de ses cendres. Penser faire un film c’était presque illusoire. Aujourd’hui presque dix ans après mon film La Rage en 2002 , je pense que finalement la situation n’a pas changé pour les cinéastes souhaitant tourner leur premier film. Pour moi ça va, j’ai fait mes preuves et je fonctionne avec une petite équipe. Mais le cinéma roumain est encore sous le joug de beaucoup de corruptions. Il n’y a pas de réflexions sur le long terme ni même sur le court terme finalement. On ne considère pas la performance , on investit plus dans des mauvais films. C’est encore très compliqué, enfin on fait avec, c’est la vie…

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