Cinema

Interview de Philippe Katerine pour la sortie de Je suis un No man’s land

25 janvier 2011 | PAR Sonia Ingrachen

Réalisé par Thierry Jousse, Je suis un no man’s land (voir notre critique) offre à Philippe Katerine le rôle central de cet étrange film sur la quête de soi par le retour aux origines. A l’occasion de la sortie du film le 26 janvier, toutelaculture.com a eu la chance de rencontrer l’acteur-chanteur Philippe Katerine qui nous a parlé du film et de son rapport au cinéma.

Quelle a été ta part d’improvisation lors du tournage du film ?
Dans les mots, je n’ai quasiment pas improvisé et les scènes d’improvisation ne sont pas dans le film. J’ai appris le texte par cœur, à la virgule près. Mais improviser, c’est aussi savoir comment se fixer dans l’espace, un peu à l’instinct. Moi j’aime ça l’improvisation mais là il n’y en avait pas trop.

Artistiquement, hormis la musique, est-ce que tu t’es impliqué au niveau de l’écriture du personnage ? Est-ce que tu avais des idées de mise en scène ?
Non, moi ce qui me plait dans le cinéma, c’est d’être un objet qui passe de main en main. Mais bon, j’imagine qu’être un acteur c’est un investissement de corps, une présence.

Quand on regarde ton parcours artistique, on découvre que tu as collaboré à de nombreux films, tu as réalisé des courts-métrages, finalement c’est quoi ton rapport au cinéma, c’est une passion comme la musique ?
Oui, au même titre à peu près. A égalité. Si on me demande si je préfère écouter un disque ou voir un film, je ne pourrais pas choisir. J’aime bien les deux. Mon rapport avec le cinéma est très intense et très sain.

Comme la musique ?
C’est beaucoup plus sain que la musique.

Est-ce que cela est dû au fait que la musique implique du live et un rapport plus direct avec le public alors qu’il y a plus de recul avec le cinéma ?
C’est parce que je ne décide pas. En musique, il m’arrive de penser que je suis un patron de PME. Ce qui fini par assez peu m’exciter. Avec la musique je suis responsable.

Pourquoi, le cinéma ça déresponsabilise? Pour moi, oui complètement. C’est génial car je redeviens un mineur.

Mais sans la scène, aurais-tu ce même rapport à la musique ?
Ne pas écrire de chansons ne m’intéresserait pas du tout. Ce que j’aime dans la musique c’est faire des chansons. Ecrire des chansons, pas forcément les chanter. J’en ai besoin.

Du coup, le cinéma et la musique sont deux arts complémentaires pour toi ? Le côté plus enfantin du cinéma te permet de vivre des rêves que tu ne peux pas vivre avec la musique, car tu dois être plus responsable. Finalement, ton personnage dans le film fonctionne un peu de la même manière, il est responsable avec sa mère et possède un coté « adulescent » dans son refus de grandir.
Oui, c’est tout à fait moi. Je me sens très proche du personnage.

Dans le film, ton personnage revoit un ami d’enfance avec qui il a fait de la musique et on ressent une certaine forme de jalousie. Est-ce que toi aussi quand tu as réussi professionnellement, tu as déjà ressenti cela avec tes amis d’enfance ?
Non, Je sens qu’il n’y a pas de rancœur dans ma vie. Il n’y a pas eu beaucoup de changement.

Est-ce que tu as eu envie à un moment de ta vie de renouer avec tes racines ?
Non, certainement pas. J’ai fais le film et après j’ai eu envie de retourner d’où je venais comme sur la pochette de mon album où l’on voit mes parents. J’avais envie de les voir vivants comme si je revenais d’un long voyage, retrouver des odeurs. C’est le film qui a crée ça. Ce que l’on fait nous mène toujours à un endroit où on n’avait pas prévu d’être.

La question de l’enfermement est très présente dans le film, ton personnage est replié sur lui-même puis il s’ouvre peu à peu notamment avec ses parents, comment tu as abordé cette évolution de ton personnage ?
Je n’ai pas vraiment vu les choses de cette manière. J’ai suivi le rythme du film. Moi ce que j’aime, c’est commencer une journée et que l’on me dise ce que je vais faire. Tu te mets là et tu fais ça ici. C’est tout ce que j’ai fais. Je n’avais pas trop lu le scénario, je préfère être dans l’inconnu. Etre dans un brouillard et prendre une main quand elle se tend. Des fois, une main m’était tendue, je n’avais plu qu’à la saisir et me laisser conduire comme Gilbert Montagné.

Comment c’est passé le tournage avec les autres acteurs ?
D’habitude je tourne quatre jours dans un film et après je m’en vais. Là, c’était différent. Je recevais en quelque sorte puisque j’étais présent tous les jours. Je voyais passer les gens. Mais je m’apercevais surtout que ce que on jouait c’était exactement ce qu’on vivait. Par exemple, le rapport que l’on a avec Aurore Clément à l’écran, c’est-à-dire ce mélange d’inquiétude et de douceur, c’est le rapport que l’on avait quand on était à la machine à café.

Et entre le père et le fils, vous et Jackie Berroyer ?
C’était exactement le même rapport, un mélange d’ironie et de respect. J’imagine que cela vient du talent de Thierry Jousse, dans son choix des gens.

Est-ce que tu as eu l’impression que ton personnage ressemblait à Sisyphe ?
C’est l’histoire de la pierre c’est ça ? Quelle vie de merde ! Mais est-ce que ce n’est pas ce que l’on fait tous les jours ? Je pense que mon personnage est persuadé que cette histoire de rocher qui redescend tous les jours ce sera sa vie tout entière.

C’est très pessimiste, non ?
C’est notre lot quotidien de remonter ce rocher tout le temps et de le voir redescendre tout le temps. Tous les jours on doit apprendre et désapprendre, et heureusement d’ailleurs.

Dans le film c’est toi qui as écris les chansons [Juste fumer une cigarette/Pied de Porc/ L’au delà] ?
Dès le début, Thierry m’a demandé d’écrire des textes. Puis avant de commencer le tournage, j’ai fait la musique. On chante avec Julie et je chante tout seul.

Vous dansez aussi.
Et on danse, comme Ginger et Fred.

Finalement malgré les ressemblances avec ton personnage, on oublie que c’est toi qui est à l’écran.
Tant mieux. C’est un personnage qui prend une claque dans sa gueule. Il arrive tout content mais rapidement il se prend des grosses claques. Il ne la ramène pas. Il n’est plus le mec sur scène.

D’ailleurs on ne le voit pas sur scène. Il est donné hors scène.
Oui, mais en pensant bien que c’est un triomphant, Veni Vedi Vici. C’est l’habit de lumière qui disparaît peu à peu.
C’est un personnage qui se lit très bien avec les trois costumes présents dans le film. Il y a l’habit de lumière, l’habit d’enfance et le costume de mariée. Pour moi, on peut résumer le personnage de cette manière.

Géraldine Pioud et Sonia Ingrachen.

 

Photo/femmes/féminisme
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Sonia Ingrachen

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