Cinema

Hommage à Jeanne Moreau au 30 ème festival premiers plans d’Angers- La baie des anges- Jacques Demy filme avec talent et folie le jeu et sa décadence profonde

Hommage à Jeanne Moreau au 30 ème festival premiers plans d’Angers- La baie des anges- Jacques Demy filme avec talent et folie le jeu et sa décadence profonde

16 janvier 2018 | PAR Pierre Descamps

En présence d’Agnès et de Rosalie Varda, ce grand film de Jacques Demy réalisé en 1963 a été projeté au grand théâtre d’Angers. Les conditions étaient parfaites pour (re)découvrir ce superbe film qui traite de la terrible addiction aux jeux et de la terrible apathie des hommes face à ce phénomène. Faites vos jeux!

Bienvenue en enfer!

Par un travelling arrière de haute volée, le film débute par le défilement de ses terribles baies où se mêlent casino et jeu et qui rendent fou les hommes, qui les perdent dans un paradis devenu enfer. Vous les voyez ces hommes en costard et ces femmes en tenue de soirée qui en l’apparence vivent une grande vie mais dont leur vie intérieure est arrachée, détruite par la roulette russe et par les machines à sou.

Ces gens-là ne jouent plus pour l’argent ou pour le gain mais parce qu’il y’a une ivresse de convoquer le hasard et les chiffres, une sorte de façon de miser sa vie et de la perdre. Car point de gagnants, il n’y a que des perdants au jeu car même quand le gain est là, il faut toujours miser plus pour avoir plus d’ivresse et de jouissance.

Outrance et addiction

Avec sa caméra, Jacques Demy filme tout cela avec adrénaline pour nous rendre accroc au film et pour retranscrire ces moments d’ivresse. A chaque moment de joie, la musique retentit comme des pièces qui descendent d’une machine à sou, on en redemande. Mais à chaque passage, on ressent aussi un sentiment de lassitude qui se met en place, le spectateur devient excédé par tant d’outrance.

Car il s’agit de ce mot là outrance. L’argent n’est plus un moyen en soi, il devient un totem de passage pour flamber, accéder à une vie luxueuse démesurée, acheter une décapotable que l’on revendra ensuite pour pouvoir continuer à jouer. Une sorte de religion mais qui celle-ci fait mal car il faut forcément avoir de l’argent pour pouvoir rentrer dans les sanctuaires.

Ces êtres qui perdent toute substance humaine

Alors, les personnages s’isolent dans leur folie, ils ne pensent plus à leur famille si ce n’est pour leur demander de l’argent. Ils ne savent plus s’arrêter et deviennent dégoûtants, hideux, infréquentables, dangereux. Quand l’amour semble s’y mêler, on ne sait plus si cela provient de sentiments humains ou si cela provient du jeu, un amour qui empêche d’être seul dans cette folie mais qui permet de creuser cette addiction. Ce couple interprété par la compulsive Jeanne Moreau et par l’homme discret mais néanmoins addict Claude Mann nous entraîne dans un jeu sordide et inquiétant, nous devenons voyeurs de cette déchéance humaine. De la vacuité des êtres naît le besoin de se protéger mais aussi de dévorer par ses névroses de jeu, sans espoir de guérison mais en passant le temps sur cet Enfer qu’est devenu le casino avec le croupier comme châtiment suprême.

Réalisateur : Jacques Demy
Avec : Jeanne Moreau, Claude Mann
Durée : 1H30
Sorties en salles en 1963
Distributeur : Pathé-Consortium-Cinéma

Crédit images
© Affiche film

Une soirée sur le toit du T7 Paris
Biennale des quatuors à cordes (2) : Diotima & Modigliani (15/01/2017)
Pierre Descamps

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *