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Biennale des quatuors à cordes (2) : Diotima & Modigliani (15/01/2017)

Biennale des quatuors à cordes (2) : Diotima & Modigliani (15/01/2017)

16 janvier 2018 | PAR Yaël Hirsch

Du 11 au 21 janvier, la Philharmonie accueille un festin de musique de chambre et de grands noms du quatuor dans le cadre de la biennale. Après un weekend d’une richesse extrême (lire notre live-report), ce lundi 15 janvier a été marqué par les concerts de deux quatuors français de renomméeinternationale : Diotima (fondé en 1996) et Modigliani (fondé en 2003).

Dans l’amphithéâtre plein, avec même un surplus d’étudiants du Conservatoire, le quatuor Diotima a choisi un programme qui exprime sa double vocation : une création, puis le dernier quatuor de Schubert (n° 15). Soit deux montagnes extrêmement hautes et virtuoses.

Le compositeur était dans la salle et l’attention à son comble pour la Première mondiale du quatuor « Future family » de Miroslav Srnka, qui sera donné également au Bozar de Bruxelles (24/01) et au Streichsquarttet Fest de Heidelberg (25 & 26/01), co-commanditaires. Cela fait longtemps que le Quatuor Diotima et le compositeur travaillent ensemble puisque dès le lancement de leur propre collection chez Naïve, les quatre interprètes ont commencé leur série de portraits monographiques par le compositeur tchèque. Pneumatique, la composition avec l’air qui glisse, chuinte et crépite autour des cordes des quatre instruments autant qu’autour des archets, qui a temps, fouettent l’air.  L’effet est aussi visuel que sonore. Le souffle des musiciens semble également se mêler à la musique, tandis que l’on passe de glissements progressifs sur les cordes à un pincement extrême et à plat qui joue le rôle de détonateur. Le rythme, lui, est contrasté sinon syncopé, dans un flot ininterrompu et vaguement menaçant de sons à la fois étranges et singuliers. Un objet intéressant joué avec toute l’intensité exigée.

Sans entracte, nous voilà propulsés en 1826 dans l’une des œuvres les plus vertigineuses de Schubert : son dernier quatuor (15). Le quatuor Diotima attaque le premier mouvement Allegro molto moderato avec une telle âpreté qu’on n’a pas l’impression d’être revenu presque deux cent ans en arrière. Puissants, ils expriment avec précision les contrastes de l’oeuvre et font sentir le passage qui mène de l’éclatant au majestueux. Le violoncelle mène un Andante plus doux, tandis que le quatuor nous plonge dans le 3e mouvement comme dans une tempête. Enfin, toujours dans le  jeu du contraste, l’Allegro assai semble éclater d’une joie presque bucolique.

On a à peine le temps d’applaudir à la mesure de leur performance les Diotima qu’il faut courir dans la grande salle de la Philharmonie 1 pour le concert du Quatuor Modigliani qui commence heureusement avec 15 minutes en retard, devant un public nombreux et attentif. Les quatre musiciens nous font découvrir un bijou de 6 minutes de Puccini, Crisantemi avant d’accueillir l’altiste Gérard Caussé pour une exécution bouleversante du quintette à cordes K516 de Mozart. Notamment dans le premier mouvement où la solennité, la fièvre et la peur se côtoient, ils nous emmène vers des émotions très profondes et très intimes. Les trois autres mouvements paraissent plus clairs, plus doux, et les musiciens semblent flirter avec l’harmonie et la perfection pour nous permettre de nous remettre dans nos gonds.

Le temps d’une petite pause et c’est la perfection viennoise qui va à nouveau venir nous saisir et nous terrasser. Rejoints par le violoncelliste Gary Hoffman, les cinq musiciens donnent une version absolument éblouissante de la Nuit Transfigurée de Schoenberg (1902). Autour des deux altos qui semblent passer le message sacré entre les deux violons et les deux violoncelles, l’angoisse se mue en lumière dans une expérience d’alchimie portée au sommet de son art. C’est debout que le public salue cette performance extraordinaire.

La biennale des quatuors à cordes continue jusqu’au 21 janvier à la Philharmonie…

(c) Vishal Marapon

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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