A l'affiche

« Une Chambre en Ville » de Jacques Demy : un drame intemporel en musique

« Une Chambre en Ville » de Jacques Demy : un drame intemporel en musique

14 octobre 2013 | PAR La Rédaction

« Les Demoiselles de Rochefort » et « Les Parapluies de Cherbourg » ont contribué à la sacralisation de Jacques Demy, dernièrement mis à l’honneur à la Cinémathèque Française. « Une Chambre en Ville » s’est au contraire attiré le surnom de « film désenchanté » ainsi qu’une vive polémique de critiques lors de sa sortie. Aujourd’hui, le film ressort en version restaurée, arborant des couleurs plus éclatantes que jamais et laissant de côté ses douloureux pixels. Qu’en dire trente ans après sa sortie ? Voix d’opérette mises de côté, cette tragédie amoureuse sur fond de crise sociale fait écho à l’actualité.

[rating=3]

Visuel - Une chambre en ville1982. « Une Chambre en Ville » de Jacques Demy enchante la presse. Une semaine après sa sortie, c’est la déception : à peine 20 000 parisiens ont fait le déplacement pour le découvrir tandis que « L’As des as », porté par Belmondo, est un franc succès. Les critiques cinématographiques sonnent la charge. Parmi eux Michel Boujut, Christine de Montvalon ou encore Pierre Murat. Ils vont jusqu’à publier un manifeste dans Télérama, Libération, L’Humanité et même Le Monde pour dénoncer un système de distribution privilégiant ce qui sera plus tard appelé les films « grand public ». La polémique enfle, Belmondo répond, un match de ping-pong s’engage, remisant rapidement le contenu du film…

Intemporelle et romantique, voilà ce que cette œuvre est. François, interprété par Richard Berry, est un métallurgiste gréviste solidaire de ses camarades dans les années 50. Pourquoi ces ouvriers sont-ils en grève et se conduisent-ils comme les Communards de Victor Hugo ? Nous n’en saurons rien. La véritable intrigue est ailleurs. François croise le chemin d’Edith, la fille bourgeoise de sa logeuse, la « baronne ». Un manteau de vison érotique et une nuit de passion plus tard, les voilà éperdument amoureux l’un de l’autre, envers et contre tous. Les acteurs tirent leur épingle du jeu à travers des rôles archétypaux mais néanmoins attachants. Danielle Darrieux est savoureuse en aristo veuve et alcoolique, logeuse cougar vêtue de rouge. Dominique Sanda campe l’indomptable, insupportable mais également toxique Edith, bourgeoise pleine de caprices. Cette dernière est l’épouse d’Edmond, vendeur de téléviseurs au costume aussi verdâtre que les murs de son magasin. Progressivement, il n’est plus que le médiocre roux et jaloux. Michel Piccoly donne ici tout simplement la chair de poule tout au long de sa prestation. On est déstabilisé par le personnage de Richard Berry, lâche et effacé face aux autres personnages. C’est que l’irresponsable abandonne tout de même la mère de son futur enfant. Qui d’ailleurs ne fait aucune scène en entendant la nouvelle. Sacrée Violette !
La trame d’« Une Chambre en Ville » n’a rien d’exceptionnelle. Elle fait la part belle à l’amour et la passion mortelle qui en découle. On y chante d’une voix d’opérette les malheurs et bonheurs de la vie tout en restant passif devant des drames shakespeariens. Remarquable, mais daté et aujourd’hui trop vu. Non, la réelle performance de Jacques Demy sur ce film est la surprise qu’il arrive à engendrer sur un scénario prévisible. « J’emmerde les bourgeois » côtoie ainsi dans une même scène « Je t’aime François ». Le spectateur devenu voyeur de ce drame psychologique, reste là, attendant avec avidité la phrase qui va retourner chaque scénette trop emplie de bons sentiments. Petite anecdote : la belle-fille du cinéaste a récemment avoué que le film aurait dû s’intituler « Edith de Nantes ». La « patte Demy », à la fois poétique et taquine réserve décidément bien des surprises, même 23 ans après la disparition de son créateur.

« Une chambre en ville » de Jacques Demy avec Dominique Sanda, Richard Berry et Michel Piccoli, France 1982, 88 min, version restaurée à l’écran le 9 octobre 2013.

Camille Moredelet.

Gagnez 4×2 places pour la pièce « Les Démineuses » au Vingtième Théâtre le 26 octobre
[Chronique] « Blow » : à la barre de son computer, Jackson refait enfin surface
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *