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Hénaut Président : rencontre avec les acteurs Olivier Gourmet et Robinson Stévenin

Hénaut Président : rencontre avec les acteurs Olivier Gourmet et Robinson Stévenin

29 mars 2012 | PAR Vincent Brunelin

Alors que le film de et avec Michel Muller est sorti en salles la semaine dernière (voir notre critique), toutelaculture a rencontré deux comédiens qui partagent l’affiche pour la seconde fois : Olivier Gourmet, récemment nommé aux Césars pour L’Exercice de l’Etat, auquel s’est joint – heureux imprévu – Robinson Stévenin. L’occasion d’évoquer leur travail avec le réalisateur trublion, de parler de comédie et bien sûr de politique en cette période de campagne présidentielle. Interview.

Comment s’est passée la rencontre avec Michel Muller ? Est-ce que vous vous connaissiez avant de faire ce film ?
Olivier Gourmet
: Non, j’avais juste vu ses interventions dans Nulle Part Ailleurs [la rubrique Fallait pas l’inviter, ndlr] et lu quelques interviews. Mais c’est quelqu’un pour qui j’avais de la sympathie intuitive et dont l’humour m’amusait. Pas à me rouler par terre, mais avec un regard, une sensibilité sur la société d’aujourd’hui que je trouvais intéressante. Donc j’ai accepté la proposition avec plaisir même si le scénario n’était pas complètement abouti et laissait place à une part d’improvisation.
Robinson Stévenin : J’avais envie de travailler avec Michel. J’aime beaucoup son personnage comme il s’est construit et je n’ai pas été déçu. Sur le tournage il est très drôle, il a un vrai point de vue et ne se sent pas obligé de remplir le cahier des charges. Et puis c’était l’occasion de retravailler avec Olivier.

Vous aviez déjà tourné ensemble sur le film de Laurent Herbiet, Mon Colonel
R.S
: Oui, d’ailleurs c’est marrant, quand on s’est revu tous les trois il y a quelques mois, je demande à Olivier ce qu’il a prévu comme tournage. Il me parle d’une comédie réalisée par Michel Muller. Je venais de le croiser trois jours avant pour parler du rôle d’Alexandre [son personnage dans Hénaut Président, ndlr]. Olivier m’a alors demandé si j’étais sûr parce que quand il avait posé la question à Michel de savoir qui d’autre il y avait dans le film, il avait répondu « personne de connu » [rires]. Prends ça dans la gueule…

À propos de comédie, on vous voit rarement dans ce registre Olivier. Est-ce une question d’opportunité, d’envie ?
O.G
: C’est une question de proposition. On m’envoie peu de scénarios de comédie, je n’ai pas trop le choix. Et puis quelle que soit la forme, j’ai toujours besoin que ça parte de vrais ressorts humains ou de problèmes de société. Regardez Charlie Chaplin, c’est exactement ça. Et pour une photographie, une peinture, c’est pareil. Je suis sensible à ce genre de choses. La comédie pour la comédie, ça m’intéresse moins.

Après L’Exercice de l’Etat, vous enchaînez un deuxième film qui traite, certes de manière très différente, du monde de la politique. C’est un sujet qui vous tient à cœur ?
O.G
: Oui ça m’intéresse mais ce n’est pas ce qui a motivé ma décision. Le film porte un regard acerbe sur la communication à travers la politique, mais ça aurait tout aussi bien pu être sur la médecine ou n’importe quel autre sujet. Encore une fois, c’est la question des failles humaines, d’un personnage qu’on tend jusqu’à ce que l’élastique rompe.

N’y a-t-il pas un point commun entre les deux films dans l’évocation de la difficulté d’exercer le métier d’homme politique à l’ère de la communication et des médias ?
O.G
: Dans L’Exercice de l’Etat, on est très près de la réalité au quotidien, dans la vie des hommes politiques pris dans la machine du pouvoir. C’est moins la communication que la pression de son équipe, de son parti et du président de la République qui font ravaler au personnage ses idéaux politiques et ses convictions. Il y a plus de distance dans le film de Michel et la force de manipulation de la communication est bien plus importante.

À propos d’idéaux politiques, vous pensez qu’aujourd’hui ils font encore le poids face au tout-communication ?
O.G : Je ne sais pas exactement où se situe la réalité. Je pense que la communication a un vrai impact sur les hommes politiques. Pas au point de changer totalement de convictions comme le personnage dans Hénaut Président, mais suffisamment pour parfois s’égarer et voir leur image et leur propos dilués. Il suffit d’écouter certains discours populistes qui visent à récupérer l’électorat d’extrême-droite. Ce dangereux jonglage avec les mots fait clairement partie des effets néfastes de la communication. Mais les hommes politiques en sont tout à fait conscients et ils se servent plus des communicants que les communicants ne se servent d’eux. C’est là que se situent la distance et l’exagération dans le film, quand mon personnage, Thierry Giovanni, devient par soif de reconnaissance et par ambition personnelle le maître à penser de Pierre Hénaut.
R.S : Je crois simplement qu’on vit dans une période de séduction plus que de convictions…

Plusieurs films sur la politique sont sortis récemment : L’Exercice de l’Etat, Pater, La Conquête… Mais une comédie décalée comme Hénaut Président fait figure d’exception dans le cinéma français. Avez-vous le sentiment que c’est un film à part ?
R.S : Ce qui est rare en tout cas, c’est la manière dont il s’est fait : cinq semaines de tournage et cinq semaines de montage. On a fini le film en décembre et il sort déjà en mars. Ça n’arrive quasiment jamais et ça demande une sacrée énergie. Il faut tirer un coup de chapeau à Michel !
O.G : C’est le ton si particulier de Michel qui fait la différence. Acerbe, parfois méchant, alors qu’en réalité c’est quelqu’un de foncièrement bon. Je ne crois pas que ça marcherait si ça n’était pas le cas.

Parlez-moi un peu de vos personnages respectifs dans le film…
O.G : Thierry Giovanni, c’est un frustré. Quelqu’un d’aigri, caractériel, presque pathétique. Il saisit l’opportunité que représente Pierre Hénaut pour concurrencer son ami d’enfance et rival, qui lui a réussi dans le domaine de la communication. Mais il a quelque chose d’humain, ce n’est pas qu’un méchant caricatural.
R.S : Alexandre, c’est un peu le point de vue du spectateur, celui qui fait le lien entre les deux réalités, entre Thierry Giovanni et Pierre Hénaut. Au départ, il est relativement naïf et dépassé par les évènements, puis il va peu à peu prendre conscience des choses.

Pierre Hénaut est somme toute un candidat sérieux. Il évoque Jaurès et Jean Monnet, parle de fiscalité, mais il ennuie tout le monde avec ses discours. Cela donne lieu à des scènes très drôles dans le film, mais n’est-ce pas tout bonnement le reflet de la réalité ?
O.G : Les gens ne font pas d’efforts. Ils sont aussi responsables sinon plus que les hommes politiques de cet état de fait. Ils rentrent du boulot et ils veulent quelque chose de divertissant. Le cinéma l’a compris, la télé l’a compris et les hommes politiques l’ont compris.

 

Visuel en-tête : Vincent Brunelin

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Vincent Brunelin

One thought on “Hénaut Président : rencontre avec les acteurs Olivier Gourmet et Robinson Stévenin”

Commentaire(s)

  • Matthieu a raison deux fois :1. Jusqu’e0 la fin de mai 2008 (et meame au-dele0), il va y avoir une aahvancle de conneries.2. Le livre Slogans pour les prochaines re9volutions de Denis Langlois, qui vient de paraeetre au Seuil, est jouissif .Je n’en veux pour preuves que quelques-uns des slogans tire9s de ce livre :La re9volution fait bander mieux que le Viagra.Faites l’amour, pas les alle9es du supermarche9 !Femmes rousses, toujours plus rouges !Ne te contente pas de coucher la re9volution sur le papier, couche avec elle.Que les de9sirs de vos corps rejoignent les de9sirs du corps social !Investissons les zones re9volutionnaires, mais n’oublions pas les zones e9roge8nes.Apre8s 68, comptez 69 et recommencez.Conclusion : Embrassez la re9volution e0 pleine bouche de canon.

    mai 20, 2012 at 6 h 23 min

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