Cinema

Fighter: Amérique White trash et matchs de boxe

14 mars 2011 | PAR Sonia Ingrachen

Les films de boxe ne cessent d’inspirer le cinéma : Boxing Gym, Jimmy Rivière et Fighter s’intéressent tous les trois à l’univers du ring. On l’a vu avec Raging Bull de Scorsese ou Million dollar baby d’Eastwood, l’Amérique affectionne particulièrement ce type de fiction puisque le sport est à lui seul la métaphore de cette Amérique combattante qui réussit malgré les épreuves de la vie, qui gravit les échelons de la société à la force du poignet. Mais la force de Fighter c’est qu’il ne verse pas entièrement dans la success story grâce à un traitement réaliste d’une histoire de revers et de coups de poings.

Micky Ward et son demi-frère Dicky Eklund sont deux boxeurs. Le premier voit sa carrière stagner à cause des maladresses de sa mère; le second a connu la gloire sur le ring- il met KO Sugar Ray en 1974- avant de sombrer dans le crack et de faire de la prison. La boxe est une passion pour ces deux frères, mais la boxe est aussi ce qui les sépare. Alors que Dicky rêve d’un come back en ressassant inlassablement ses victoires déjà très lointaines, Micky lui vit dans l’ombre du frère, relayé au second rang, puisque c’est sur Dicky que tous les espoirs ont été fondés. C’est l’histoire d’une rivalité fraternelle, comme le cinéma affectionne.

Fighter fait le récit de ces deux boxeurs de légende mais étrangement la boxe n’est pas si présente à l’écran, le sport étant presque absent de la première partie de la fiction. Ce film est avant tout l’histoire d’une famille, celle de ces américains « white trash » qui vivent entassés dans des maisonnettes minuscules et étouffantes, c’est un film sur ces laissés pour compte du système américain. Pour s’en sortir, ils fondent leur espoir dans la boxe. Mais, la passion peut virer au malheur quand la mère-manager vous étouffe à coups de mauvais plans et de combats mal choisis (pour Micky). Pour filmer cette histoire vraie, le film a été tourné dans la ville où a vécu cette famille : le décor est celui de la cité ouvrière de Lowell dans la périphérie de Boston, ce bastion dévasté de la révolution industrielle américaine où la vie est un combat qui se joue hors du ring.

Pour Micky, qui devient peu à peu la figure centrale du film, la réussite nécessite de s’affranchir de cette famille un brin « mafieuse » (voir la très drôle scène de baston des 7 sœurs). C’est avec l’aide de Charlene, sa petite amie au tempérament bien trempé, qu’il fera tout pour couper le cordon afin de créer sa propre légende.

Pour filmer cette histoire (en 33 jours), David O’Russell a fait le choix d’une mise en scène sobre ni racoleuse ni excessive, où l’on pénètre dans le quotidien de cette famille, au plus près des personnages. Le réalisateur capte l’énergie de cette ville à la fois attachante et étouffante, comme l’atteste le plan inaugural, un sublime travelling de Dicky et Micky dans les rue de Lowell. Le réalisateur fait même le choix d’incorporer au film une équipe de la chaine HBO qui fait un documentaire sur la vie de Dicky, jouant ainsi avec les codes de ce genre (les témoignages par exemple). Quant aux scènes de boxe qui culminent à la fin du film, elles sont filmées avec plusieurs caméras immergées à vif au cœur de la boxe grâce à une véritable équipe de HBO.

Mise en scène intelligente, acteurs brillants, Fighter est une histoire forte et percutante!

Date de sortie cinéma : 9 mars 2011
Réalisé par David O. Russell
Avec Mark Wahlberg, Christian Bale, Amy Adams, Melissa Leo
Long-métrage américain . Genre : Biopic , Drame

Durée : 01h53min Année de production : 2010

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Sonia Ingrachen

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