Cinema

Festival International du film de La Rochelle : Le sommeil d’or de Davy Chou ressuscite le cinéma cambodgien

05 juillet 2012 | PAR Margot Boutges

A l’heure du grand zapping, des Youtube et compagnie, on ne mesure plus forcément la préciosité de certaines images. A croire qu’il suffirait de quelques clics pour que les archives du monde entier se déshabillent devant nos yeux. Pourtant, les films cambodgiens des sixties/seventies ont quasiment tous été rayés de la surface de la Terre. Davy Chou rassemble les traces de ce cinéma disparu dans Le sommeil d’or, documentaire présenté en avant-première lors du Festival International du film de La Rochelle. Il sera projeté dans les salles le 19 septembre 2012. Critique et rencontre avec le cinéaste.

Davy Chou est né à Paris en 1983. Du Cambodge, dont sont originaires ses deux parents, il n’a rien connu… si ce n’est une vague rumeur en forme de légende familiale : son grand-père maternel aurait été un des plus grands producteurs de cinéma du pays. En 2008, le jeune homme part s’installer à Phnom Penh pour capter les fantômes du passé. En grattouillant les plaies de ses ancêtres, il va mettre à jour la tragique épopée cinématographique de toute une nation : en 1960, le Cambodge, qui n’avait jusque-là produit que quelques film, voit l’émergence d’un cinéma populaire à succès. Quinze années de grande productivité se succèdent (pas moins de 400 films) portées par  un star system triomphant. Jusqu’à ce que les Khmers rouges prennent le pouvoir en 1975. Les membres des studios de Phnom Penh qui n’ont pas pu s’enfuir sont alors exécutés ou déportés. Quant aux bobines, elles sont impitoyablement détruites.

En 2010, Davy saisit sa caméra affûtée par quelques courts-métrages (son premier film, lyrique et répugnant, présente un mec se perçant les comédons sous les fredonnements de The Mamas and the papas) et part à la rencontre de ceux qui ont conservé la mémoire de cet âge florissant du cinéma asiatique. Le sommeil d’or organise son récit à partir de quatre témoins ayant survécu aux vicissitudes de l’Histoire : cinéastes, producteurs et actrice aux visages vieillis par les ans. À ces entretiens se superposent des incursions dans des lieux où battait autrefois le cœur du septième art. Parfois, les lieux de tournage sont encore habités d’ex figurants se souvenant avec précision de leurs anciennes idoles. Parfois, il ne reste plus rien. La caméra s’efforce alors de capter l’essence filmée sous le vide apparent. On assiste ainsi à l’errance du réalisateur dans un Cambodge disparu dont il ne semble pas encore saisir tous les contours.

Les entretiens finaux viennent compléter le puzzle. Les témoins auditionnés par le réalisateur expulsent la fêlure qu’à provoqué le régime de Pol Pot dans leur vie et le trou béant qu’a engendré la destruction de leurs films. Le producteur Ly You Sreang raconte sa destinée d’émigré, des studios de Phnom Penh à l’atelier Citroën de Paris. Le vieil homme trébuche sur les mots tant il retient ses larmes. Mais la caméra tient bon, frontale et affirmée, sans s’autoriser la moindre coupe. L’humour jaillit, celui d’un homme qui a su malgré tout rebondir. Dans sa maison fleurie, au cœur d’un Cambodge qu’elle a rejoint après des décennies d’exil, l’ex superstar Dy Saveth convoque le souvenir des acteurs assassinés par les Khmers rouges. « Je suis toute seule maintenant », déclare-t-elle en montrant les visages souriants de ses anciens amis, qu’elle a affiché un peu partout sur les murs afin qu’on ne les oublie pas complètement. Davy Chou les a ramenés à la lumière en redessinant les ombres. Il peut accoucher du présent, via de longs et beaux travellings sur le Cambodge contemporain. A défaut d’être réparé, le mal est apprivoisé.

Tout au long de son film, Davy Chou déploie des photos, posters, chansons à succès comme autant de reliques d’un cinéma disparu dont la couleur rappelle les grosses productions de Bombay. Il filme surtout une absence : celle des films en tant que tels. Les Cambodgiens n’ont plus que leurs souvenirs pour évoquer un patrimoine détruit. Le cinéaste Ly Bun Yim, qui ne se lasse pas de raconter avec une vanité des plus touchantes que les films qu’il tournait avant l’arrivée des Khmers rouges auraient éclipsé tous les autres, se prête au jeu : après avoir fait le récit d’un combat mémorable devant le soleil qui décline, il s’interrompt dans une pincée d’humour triste : « Je m’arrête car cela va vous donner envie de voir le film et celui-ci n’existe plus. »

Une trentaine de ces productions ont récemment été extirpées du néant, grâce à l’action de passionnés qui ont capturé les contenus d’antiques VHS pour les mettre en ligne sur Youtube. Après avoir entretenu la frustration et éveillé chez le public la conscience de l’importance de ces images, le réalisateur s’autorise à en dévoiler un extrait à la fin de son film. La scène est celle d’une banale amourette mais l’émotion est intense.

Sans doute celle-ci est-elle décuplée par le cadre dans lequel s’effectue la projection. Au festival de La Rochelle défilent quantité de cinéphages, avides de redécouvrir les grands films qui ont marqué leur vie («Tiens, ya La dolce vita à 14h !»). Quel décalage face à ces cinéphiles du bout du monde dont la mémoire balbutiante reste la seule garante d’un monde qui n’est plus !

Après avoir fixé ces souvenirs, Davy Chou ambitionne de restaurer les films du cinéaste Tea Lin Koun, qui a filé au Canada en 1975 avec quelques films sous le bras. Beau métier que celui de recouler de l’or.

Le sommeil d’or, de Davy Chou, 2012, 1H36, sortie le 19 septembre 2012

Festival International du Film de La Rochelle, du 29 juin au 8 juillet

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Margot Boutges

5 thoughts on “Festival International du film de La Rochelle : Le sommeil d’or de Davy Chou ressuscite le cinéma cambodgien”

Commentaire(s)

  • SEA Sakal

    Bonjour,

    Il est possible de l’avoir une copier sur une DVD ?

    Merci

    octobre 15, 2012 at 17 h 01 min

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