Cinema
Étrange Festival 2021 : l’atmosphère bizarre et rigolarde d’Ultrasound, en Compétition pour le Grand Prix Nouveau genre

Étrange Festival 2021 : l’atmosphère bizarre et rigolarde d’Ultrasound, en Compétition pour le Grand Prix Nouveau genre

15 septembre 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Avec malice, Ultrasound balade ses personnages et l’esprit des spectateurs au fil d’un récit tout en trompe-l’œil, et s’avère plutôt réussi. L’Étrange Festival se poursuit jusqu’au 19 septembre à Paris, dans les salles de projection du Forum des images.

Glen le jeune homme en perte de repères commençant à se faire vieux, Cyndi la jeune femme dont il fait la rencontre, qui sent qu’elle est en train de rater sa vie, Arthur l’autoritaire dépressif, qui cache peut-être des choses, et Shannon la doctoresse psy qui suit des patients avec lesquels elle lit et joue des conversations fictives, en apparence du moins : tel est le drôle de bestiaire qui s’agite dans Ultrasound. Le scénario de ce film aux premiers abords un peu énigmatique repose en fait sur de la manipulation. Côté péripéties, le récit s’avère ainsi plutôt rondement mené. Et surtout, il reste hors de toute volonté d’épate à tout prix.

Le réalisateur Rob Schroeder, s’il ne signe pas une mise en scène au cordeau, a cependant un autre atout dans sa manche : au lieu de forcer dix twists superflus, il prend le temps de regarder et de laisser exister ses personnages. Le film avance donc à leur rythme, et peut donc laisser autant surpris qu’eux. Ici réside l’intérêt profond de ce travail : l’humanité habite l’écran, les protagonistes apparaissent vite comme de doux-dingues égarés tous à leur façon – jusqu’à parfois devenir dangereux pour les autres en ce qui concerne certains – et cette substance irriguant le métrage permet la naissance de séquences marquantes.

Au fur et à mesure que les secrets finissent par se dévoiler, l’égarement des personnages centraux touche de plus en plus, avant que les scènes révélant une part de vérité ne s’imposent, bien chargées en mystère : loin d’apparaître comme des séquences de twist fracassantes, elles s’avèrent émouvantes, et dures pour certaines.

Pour faire s’incarner tout ce récit, le cinéaste a su recruter de parfaits acteurs, composant une galerie très humaine et très cocasse : Vincent Kartheiser, Chelsea Lopez, Bob Stephenson ou encore Breeda Wool. Bob Stephenson en particulier parvient à impressionner, tant il joue avec une incarnation parfaite, et terriblement humaine, ses multiples partitions.

Conçu avec beaucoup d’intelligence – le travail du scénariste, Conor Stechschulte, est à saluer – Ultrasound opère au final un mélange qui parvient à transporter. Il est également porteur d’un côté humoristique prononcé, qui le situe davantage au niveau du versant loufoque proposé au sein de l’Etrange Festival, donc un peu à l’écart de Tin Can, ou de Limbo, projetés aussi en Compétition pour le Grand prix Nouveau genre, ou même d’Extraneous Matter. Mais l’humanité dont il parvient tout du long à ne pas se départir l’empêche totalement de tomber dans les travers du vain et de l’attendu.  Tout en ayant, lui aussi, du fait de l’aspect égarant de son scénario notamment, peu de chances de sortir dans les salles de cinéma françaises, ou encore en DVD ou Blu-Ray…

L’Étrange Festival continue jusqu’au dimanche 19 septembre, à Paris dans les salles de projection du Forum des images. Programme et informations : https://bit.ly/3hDlfGF

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Visuel : © CAA Media Finance

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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