Cinema

Émotions sismiques aux Arcs Film Festival (jour 4)

Émotions sismiques aux Arcs Film Festival (jour 4)

19 décembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

Grand soleil et vue sur les montagnes au réveil, la journée a commencé sous les meilleurs auspices. Certains braves l’ont même célébrée par un petit déjeuner au lever du soleil au plus haut sommet  de la station: l’aiguille rouge.

 

Nous avons profité de la matinée pour skier dans une neige moelleuse avec pas mal de pistes rien que pour nous. L’après midi a marqué le retour au cinéma et à l’Europe dans sa variété avec la projection de L’autre continent de Romain Cogitore. Le réalisateur que l’on avait découvert en 2011 avec Nos Résistances filme la tectonique des plaques dans un couple aux confins, interprété par Deborah François et Paul Hamy. Elle est belle, jeune, libre et part vivre à Taipei pour apprendre le Mandarin et exercer son néerlandais, il est aussi guide, passionné de langues et en connait plus d’une quinzaine; ils vivent un an de bonheur à Taiwan jusqu’à ce que le sort les frappe. Histoire d’une passion, ce premier film aux ambitions fortes parvient à nous rendre accro des deux héros et notamment d’elle, qu’on ne lâche pas d’un pas. Scindé en deux, bouleversant à temps la narration toute entière construite en flash-back, le film propose des plans en hauteur et de Taïwan et de Strasbourg qu’il a la bonne idée de film avec autant d’exotisme. Un film intéressant et qui fait beaucoup de propositions. 

 

À 17:45 dans le cadre du cycle « au sommet » qui concerne les distributeurs et les exploitants aux Arcs, nous avons pu voir le documentaire Le silence des autres, de Robert Bahar et Almudena Carracedo. Produit par Pedro Almodovar, le film suit un groupe de citoyens espagnols qui ont été torturés ou on vu des membres de leurs familles assaisonnés par le régime de Franco qui a duré de 1936 à 1975. La loi d’Amnistie de 1977 qui a permis aux prisonniers politiques de sortir des prisons mais au prix de be pas poursuivre en justice les criminels franquistes. Cette « loi de l’oubli » dure jusqu’à aujourd’hui. Depuis l’an 2000, des voix s’élèvent et depuis 2016, en passant par la justice argentine, des centaines de plaintes déposées sont instruites. Mais pour l’instant, la loi d’amnistie prévaut et ce sont surtout des actes commis à la suite du franquisme, dans son droit fil, notamment voler des enfants aux communistes puis aux femmes célibataires à l’accouchement qui ont été jugés. Sur le fond, le sujet est d’une importance capitale. Peut-on construire une société sur l’oubli ? Et comment se faire entendre si en plus l’opération semble avoir majoritairement réussi ? Malgré tout le pathos non nécessaire imposé par le film (vue plongeante dans les ossements retrouvés dans la fosse commune, surlignages de violoncelles, enterrement de la vieille dame orpheline pendant la guerre et qui meurt sans voir la vérité triompher) et malgré une esthétique faite d’emprunts à des films sur le mémoire au lieu de trouver sa voie (Lang, Godard, un brin de Folman et des témoignages « picturaux » à la Spielberg) les témoignages sont importants et le film parvient à toucher juste dans l’histoire européenne en choisissant ce conflit des mémoires non résolu.

 

Après un étrange poulet tikka dans le bar jouxtant le cinéma du festival à 2000, c’est devant une salle comble que le film de Claire Burger (découverte par nombre d’entre nous  à Cannes, avec Party Girl, caméra d’or en 2013), C’est ça l’amour, était projeté pour la deuxième fois de la journée à 20:00. En compétition, ce drame qui suit un père délaissé par sa femme et qui essaie de faire face à ses deux filles adolescentes est une bombe d’émotion. Rien n’est jamais prévisible dans cette œuvre qui saisit et nous met en face de nous-mêmes avec des acteurs époustouflants. Autour d’un Bouli Lanners absolument bluffant, Justine Lacroix et Sarah Henochsberg sont merveilleuse. A la suite de la projection, émotion et grand silence pour redescendre la piste qui menait aux œufs qui descendent à 1950…

 

La soirée s’est terminée au Chalet Parché, un bar chaleureux et aux cocktails délicieux installé dans une suite d’hôtel par les équipes de Cartel et du Perchoir. Le pianiste incroyable et incollable sur tous les morceaux qu’on aime fredonner a su nous faire tous chanter jusque tard dans la nuit.

photo : l’équipe de C’est ca l’amour (c) YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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