Spectacles

Le best-of spectacles 2018 de la rédaction de Toute La Culture

Le best-of spectacles 2018 de la rédaction de Toute La Culture

19 décembre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En 2018, nous, les rédacteurs spectacle vivant, nous avons frissonné, pleuré et aussi râlé ! Ici ne gardons que le meilleur ! En quelque lignes, chacun vous livre son année !

Amélie Blaustein Niddam

J’ai toujours du mal à voir l’année se terminer en décembre tellement tout est rythmé par le Festival d’Avignon. En juillet, ce sont trois ou quatre pièces par jour que je vois, ce qui biaise mon regard pour l’année. Alors, je fais l’effort et je pense en termes classiques, de janvier à janvier, voici ce qui m’a marquée dans l’ordre de mon inconscient, sans aucune volonté chronologique. Le premier qui se jette à ma mémoire c’est Romances Inciertos de François Chaignaud et Nino Laisné. Le danseur travesti a transfiguré cet été le Cloître des Célestins dans une oeuvre hors de toute époque. Tout de suite après, et le fil semble être le Avignon, encore. Raimud Hoge et Ornella Balestra dans un pas de deux puis trois. Un chef d’oeuvre qui rend hommage à la très vivante muse de Bejart. Du côté des chefs d’oeuvre, la dernière création de l’immense Anne Teresa de Keersmaeker, Mitten wir im Leben sind, en première française à Montpellier Danse  en hommage discret à Pina Bausch. Éternelle interrogation sur la relation entre la musique et le pas.  Ah des interrogations… Thibaud Croisy s’en est posées avant de jouer les joujoux d’un maître SM. Ce Témoignage d’un homme qui n’avait pas envie d’en castrer un autre s’écoute mais ne se voit pas, vécu alors que Paris était enneigée, au Festival Sors de ce corps, nous a fait mal ! Loin de Paris,au Kunstenfestivaldesarts, nous n’avons rien oublié de la dark pyjama party de Sarah Vanhee. Pas tout à fait dans le noir, mais presque, Déjà la nuit tombait vu à Manifeste était un trouble sonore, chorégraphique et animal autour de la figure d’Achille, par Daniel Jeanneteau, à domicile au T2G.  Je terminerai cette liste avec un coup de cœur très récent. Furia de la brésilienne Lia Rodrigues, un spectacle comme un livre d’images, pas du tout pour les âmes sensibles.

David Rofé-Sarfati

Cette année 2018 restera dans nos mémoires d’amoureux de théâtre comme celle de La dernière nuit du jeûne de Simon Abkarian. Nous nous souviendrons aussi du retour de l’Antigone de Lucie Berelowich à l’Athénée, de la performance de Hélène Viviès dans J’ai bien fait ? de Pauline Sales, de la brillante création de La loi des Prodiges  par et avec François de Brauer et du magnifique et vertueux La machine de Turing de et avec le lumineux Benoit Solés. Nous n’oublierons pas le Passionnant TRISTESSES de Anne-Cécile Vandalem à l’Odeon. En province nous aurons applaudi le splendide « Partage de midi » de Claudel mis en scène par Éric Vigner au TNS et le créatif  BOXON(s) Jusqu’à n’en plus Pouvoir  du Petit Théâtre de Pain en Pays Basque. Les bonnes surprises auront été la lucide Mouette de Tchekhov créée en Avignon par Philippe Person, l’enthousiasmant Marivaux Le jeu de l’amour et du hasard par Benoit Lambert à l’Aquarium, les Enivrés  de Ivan Viripaev dans peut être la première mise en scène réussie par Clément Poirée à la Tempête, le spectacle de troupe Kamikazes de Stéphane Guérin et la poignante Monstrueuses  de Leïla Anis. 2018 fut aussi l’année des femmes metteurs en scènes et en 2019, nous suivrons avec attention le travail de Louise Vignaud, de Maia Sandoz et de Lucie Berelowitch.

Geoffrey Nabavian

Je retiens surtout deux expériences, ambitieuses toutes deux, mais à des échelles différentes : d’abord, Les Falaises de V., mini-odyssée dramatique en réalité virtuelle, émouvante et perturbante, apte à faire surgir un monde totalement inconnu grâce à un très gros travail technique, signé par une équipe talentueuse. Une expérience très réussie (présentée, entre autres, au festival Sors de ce corps à la Gaîté Lyrique) où le spectateur est aussi l’acteur central. Puis d’autre part, l’adaptation d’Un dieu un animal mise en scène par Julien Fisera, présentée à Paris à l’Atelier du Plateau en amont d’une tournée en établissements scolaires. Une transposition, avec des moyens extrêmement simples, d’un roman au style impressionnant, menée par des interprètes splendides. Une pensée spéciale, enfin, pour l’auteur/metteur en scène de la brillante pièce Les Mystiques, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, dont l’un des précédents textes, Les Deux Frères et les Lions, lauréat d’un immense succès, est en ce moment visé par un procès intenté par l’un des protagonistes de l’histoire racontée, aux exigences excessives.

Bertille Bourdon

S’il faut retenir des surprises pour cette année, tout de suite il faut rappeler Affordable solution for better living, de Théo Mercier et Steve Michel. Entre théâtre et danse, ce spectacle vu aux Amandiers était subtil en même temps que fort et très esthétique. Une autre surprise a été dévoilée par le festival Chantiers d’Europe par la compagnie espagnole la Tristura et sa pièce Ciné. Enfin, la pièce Suis-je encore vivante mérite un coup de projecteur. La pièce de Jean-Claude Fall, Anna Andreotti et Roxane Borgna met en scène les textes poétiques et militants de Grisélidis Réal.

Bénédicte Gattère

Cette année a été dansée, définitivement. Les corps ont raconté mille histoires pour moi en 2018. Avant toute chose, je retiens sans doute la découverte de la jeune chorégraphe irlandaise Oona Doherty, aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis avec Hard To Be Soft : des interprètes habités pour une scénographie virtuose ou comment les histoires simples des plus pauvres des habitants de Belfast ont pris corps sur scène. Il y a bien sûr eu Avignon et ces spectacles de hip-hop avec  Échos et La Géographie du danger sur l’exil qui faisaient écho au très beau Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète du In. Plus récemment, j’ai retrouvé cette thématique avec Max Diakok et son spectacle captivant, tout en finesse, intitulé J’habite une blessure sacrée. Et autre rendez-vous qui rythme l’année, le Festival d’Automne, qui a invité Bouchra Ouizguen au Centre Pompidou pour une carte blanche remarquée, donnant lieu à une création : Jerada, qui m’a littéralement transportée.

Christophe Candoni

C’est l’un des plus passionnants metteurs en scène sur la scène contemporaine actuelle, Milo Rau  s’est une fois de plus distingué cette saison. Le nouveau directeur du théâtre de Gand en Belgique est signataire d’œuvres scéniques comme d’un manifeste d’une salutaire radicalité qui tend à redéfinir et réinventer l’art dramatique. Passée par Le Tandem à Douai, le Festival d’Avignon et les Amandiers à Nanterre, La Reprise / Histoire du théâtre, a bouleversé autant par la violence crue de son propos choc et nécessaire que par la sensible intelligence de son traitement. Dans un festival d’Avignon très concerné par la question du genre et de l’identité sexuelle, Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète de Gurshad Shaheman a magnifiquement donné à entendre la parole de jeunes exilés gays et trans dans un poignant oratorio. La saison a fait traverser les méandres des Enfers d’Orphée et Eurydice devenus parking souterrains d’une salle de concert rock dans le formidable Schatten d’Elfriede Jelinek mis en scène par Katie Mitchell à la Colline, les flots incertains de l’Ithaque très politique de Christiane Jatahy ; elle a fait respirer les exhalaisons du boudoir rouge de la Dame aux camélias montée avec une passion toute baudelairienne par Arthur Nauzyciel et fait monter le désir débridé sur l’île de La Nuit des rois mise en scène avec fantaisie et sauvagerie par Thomas Ostermeier à la Comédie-Française.

Magali Sautreuil

Cette année, j’ai eu la chance de me rendre au festival d’Avignon. J’ai pu y découvrir de nombreuses pièces et m’entretenir avec plusieurs compagnies. C’est d’ailleurs ce que j’aime dans le spectacle vivant : cette proximité avec le public, le côté profondément humain, la sensibilité propre à chaque troupe et la passion qui nous anime et nous réunit tous (auteurs, metteurs en scène, techniciens, comédiens, journalistes, programmateurs, amis, familles…). Il m’est, pour toutes ces raisons, assez difficile de faire un choix… Toutefois, en cette fin d’année, certaines pièces sont encore assez présentes dans mon esprit et dans mon coeur. La plus récente est Oscar et la dame en rose d’Éric-Emmanuel Schmitt, mis en scène par Lucie Muratet. Pierre Matras, seul en scène, était criant de vérité dans le rôle de ce petit enfant, qui vivait ses derniers. Poétique, cocasse et émouvante, cette pièce, où mes larmes se mélangeaient au rire, m’a totalement bouleversée. Il en est de même pour Je t’aime papa mais… merci d’être mort de Philippe Saumont. Mais malgré la tristesse et la dureté du sujet abordé, il émanait une certaine douceur de ce spectacle, qui, grâce aux arts du cirque, n’a cessé de m’émerveiller tout du long. J’ai certes beaucoup pleuré cette année, mais je me suis aussi fait peur. Je terminerai donc ce top 3 par le spectacle 59 de Christian Siméon, mis en scène par Vincent Messager, qui a parfaitement su retranscrire et combiné les univers d’Alfred Hitchcock, de la famille Adams et des contes de la crypte !

Julien Coquet

Du côté de l’opéra, il faut retenir quelques spectacles marquants qui ont su enchanter nos scènes lyriques. Ce n’est peut-être pas la production qui vous viendrait en premier à l’esprit mais je garde un très bon souvenir de la Katia Kabanova de Janacek vue à Nancy: le décor intelligent de Philipp Himmelmann rendait grâce à cette oeuvre très sombre portée par la voix déchirante de Helena Juntunen. Beaucoup de reprises nous ont aussi rappelé que l’opéra est un art de répertoire: à l’Opéra national de Paris, L’Elixir d’amour de Donizetti et Gianni Schicchi de Puccini dans les mises en scène de Laurent Pelly, le sublime Orphée et Eurydice de Pina Bausch et Le Barbier de Séville par le trublion Damiano Michieletto.

Claudia Lebon

C’est un plaisir de constater la relation intime entretenue avec chacune des créations que nous découvrons, épisodes saillants de notre année où émotions, questionnements et émerveillement suscités par l’art se lient et s’attachent inévitablement à nous et à notre quotidien. Je ne pourrais me passer de ce trouble délicieux que le spectacle vivant provoque lorsqu’il nous bouscule, lorsqu’il nous abîme et nous renverse encore et toujours. Que le théâtre, la danse, la musique et l’art ne cessent de donner du relief à nos esprits qui se réparent et s’aplanissent trop vite, qu’ils creusent toujours un peu plus notre sensibilité. 2018 m’aura bousculée et permis d’approcher les plus vives et les plus belles blessures. Celles d’Alexandre Paulikevitch, artiste lumineux qui danse la violence de sa vie, celle d’un homme homosexuel au Liban, et la transforme en pure beauté. Son spectacle, Tajwal, qui a ouvert le Printemps de la danse arabe à l’IMA, fut une démonstration de grâce, de majesté et de résilience. Comment penser à cette année de théâtre sans être rattrapée par les voix claires et dignes des F(l)ammes d’Ahmed Madani, coup de cœur 2018. Un spectacle qui mérite la plus vaste audience. Enfin, je saluerai la prestation magistrale des actrices et acteurs de la Maison de poupée de Lorraine de Sagazan qui ont fait dangereusement monter la tension au Monfort en septembre dernier. Voici donc ce que je saisis spontanément dans tout ce que le spectacle vivant nous a offert cette année, en attendant de pouvoir enchanter 2019 avec de nouvelles pérégrinations culturelles.

Victoria Okada

LE spectacle de cette année, c’est incontestablement Hamlet d’Ambroise Thomas vu tout récemment à l’Opéra-Comique. La mise en scène novatrice qui considère la vidéo comme sa partie intégrante, les chanteurs époustouflants, l’orchestre avec instruments d’époque et la direction inspirée et engagée… Une brillante résurrection pour imposer définitivement cette œuvre dans le répertoire opératique ! L’Opéra royal de Wallonie-Liège (reprise à l’Opéra-Comique) nous a régalés avec Le Domino Noir de Daniel-François-Esprit Auber, avec une distribution impeccable en matière du chant français (tout comme Hamlet, d’ailleurs !). Ces deux productions ont été remarquées pour la première mise en scène, plus que réussie, de Cyril Teste pour le premier et de Valérie Lesort et Christian Hecq pour le dernier. Un autre opéra, Barkouf d’Offenbach à Strasbourg (Opéra national du Rhin) a également été une redécouverte réjouissante, dans une production intelligemment menée. Pour la création, Manga Café de Pascal Zavarro, avec Trouble in Tahiti de Bernstein (qu’on a fêté 100e anniversaire cette année), au Théâtre de l’Athénée, a marqué le coup pour le sujet et la forme courte qui s’apparente à zapping permanent, tout comme un des plus flagrants modes de vie des jeunes générations. Avec Les P’tites Michu on a redécouvert les délicieuses musiques d’André Messager ! Les costumes aux couleurs acidulées et les deux fausses jumelles (les p’tites Michu) pétillantes et très actuelles, ont fait le bonheur de nombreux mélomanes (et autres).

Certains concerts sont à noter également, surtout dans le cadre de festivals. Les Offices des heures, par Vox Clamantis dirigé par Jaan-Eik Tulve, lors du Festival Via Aeterna à Mont Saint Michel en septembre, étaient des moments privilégiés (comme tout le festival) puisqu’on assiste dès 7h du matin et ce, à chaque heure liturgique, à un concert vocal attemporel, alliant la beauté de la musique et la spiritualité. En cette année Couperin qui se termine, Les Nations imaginées par le claveciniste Jean-Luc Ho, avec une orchestration originale, ont révélé la richesse de ces musiques qui symbolisent l’infinie ouverture d’esprit (pour le Festival baroque de Pontoise et le Festival de Royaumont).
Il y a eu deux grands concours internationaux à Paris : Concours international de chefs d’orchestre Evgeni Svetlanov à l’Auditorium de Radio France et le Concours Long-Thibaud-Crespin (violon) à la Salle Cortôt puis à l’Auditorium de Radio France. Finalement ce sont d’excellents spectacles pour se rendre compte de l’actualité de pointe du monde musical classique !

 

Visuel  : La Loi des prodiges ©Victor Tonelli

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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