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« Virus Cannibale » de Bruno Mattei : Un cinéma de bricolage jouissif

« Virus Cannibale » de Bruno Mattei : Un cinéma de bricolage jouissif

22 janvier 2021 | PAR Julien Coquet

Rimini Editions propose un combo DVD + Blu-ray de l’incroyable nanar de Bruno Mattei, Virus Cannibale. De quoi se replonger dans ce film bizarre, mal fait et pourtant incroyablement attachant.

Commençons tout d’abord notre travail de définition : un nanar est un sous-genre du navet. Un navet est un mauvais film, point. Un navet est ennuyant, mal construit, mal joué et au final une véritable épreuve à regarder. Mais le nanar, c’est le navet transcendé. Pour reprendre la définition de Nanarland : le nanar est un mauvais film sympathique. Peu importe que les acteurs surjouent, que le montage n’apporte aucune cohérence, que le scénario soit inexistant : tous ces curseurs, poussés à l’extrême, provoquent le rire et un plaisir coupable chez le spectateur. Un film qu’on regarde entre potes, à l’affut des répliques cultes et des faux raccords.

C’est donc avec une grande joie que nous avons appris l’édition en Master Haute définition, inédite en France, de Virus Cannibale (1980) de Bruno Mattei. En Nouvelle-Guinée, quatre hommes de la section anti-terroriste italienne cherchent à comprendre pourquoi les tribus guinéennes sont prises d’une rage et d’une violence frénétiques. Rejoins par une journaliste et un cameraman, ils découvrent peu à peu que les habitants de l’île se transforment en zombies cannibales.

Autant le dire tout de suite : rien ne va dans Virus Cannibale. Dès le générique, on s’aperçoit ainsi que Bruno Mattei, réalisateur italien, signe son film sous le pseudonyme de Vincent Dawn, afin d’en faciliter l’exportation et aussi de souligner l’influence du film de Romero, Zombie (Dawn of the Dead pour le titre original). Cette filiation, voire plagiat, se retrouve aussi dans la musique du groupe Goblins, directement extraite du film originale de Romero. Si le film de Mattei se révèle être un film hommage, il est surtout une photocopie de tout ce qui s’est fait avant, véritable enfant tardif de la vague du cinéma bis italien s’étendant de la fin des années 1950 au début des années 1980. Inspiré par Romero et par Lucio Fulci (L’Enfer des Zombies), Virus Cannibale ne trouve jamais le ton juste tant les erreurs sont nombreuses. Ainsi des stocks shots d’animaux utilisés abusivement (des éléphants en Nouvelle-Guinée, sérieusement ?), d’une version française à mourir de rire (« On n’a pas le droit de tuer les autres, et c’est pour ça que je vous tuerai ») ou encore d’acteurs en total roue libre. Tel ce soldat qui, dans une maison encerclée par les zombies, délaisse ses armes pour revêtir un tutu vert, un haut de forme et fredonner « Singin’ in the rain ».

Comme l’explique David Didelot, auteur de Bruno Mattei, itinéraires bis, dans le livret accompagnant le film : « Il est clair que le cinéma de Mattei, pour être «apprécié» (si tant est qu’on ait envie de l’apprécier), ne peut être appréhendé avec les lunettes de la «cinéphilie» classique : j’entends par là les critères d’évaluation habituels et les qualités de mise en scène ou d’interprétation qui définissent presque mathématiquement, presque géométriquement, la valeur objective d’un film. L’intérêt du cinéma de Mattei se trouve au contraire dans l’écart, dans la distorsion, dans la marge, dans la ligne courbe, dans le pas de travers. » Accompagné également d’une interview de Christophe Lemaire, le film finit donc par être un véritable plaisir coupable. Installez-vous avec vos amis (maximum 6 personnes et respect des gestes barrières), et notez dès que le film déraille. Une sacrée soirée en perspective !

Virus Cannibale, de Bruno Mattei, 1980, 96 minutes, Zone 2, Rimini Editions

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Julien Coquet

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