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Soy Cuba

Soy Cuba

06 juin 2021 | PAR La Rédaction

Fin 2019, les éditions Potemkine sortaient Quand passent les cigognes, première palme d’or soviétique de l’histoire et premier film de Mikhaïl Kalatozov à connaître les honneurs de la haute définition. Fin 2020, ils continuaient leur travail d’exploration de la filmographie du maître avec son autre chef d’œuvre, Soy Cuba, joyau longtemps méconnu de l’histoire du cinéma.

Par Mathieu Heurtaux 

Cuba avant Castro

1958, Cuba n’est qu’un terrain de jeux pour les riches américains, la situation avant la révolution vue au travers des yeux d’une jeune femme contrainte à vendre son corps, un paysan en proie à l’expropriation, un étudiant révolutionnaire, et un guerrier castriste.

Un chef d’œuvre longtemps invisible

L’histoire est aujourd’hui bien connue des cinéphiles, tourné en 1963 par le cinéaste géorgien Mikhaïl Kalatozov, pour fêter la révolution Cubaine. Le film à la fois rejeté par les Soviétiques qui le trouvèrent trop poétique et par les Américains qui, en pleine guerre froide, censurèrent le film pour cause de propagande. L’œuvre tomba dans l’oubli avant d’être redécouverte par le romancier cubain Guillermo Cabrera Infante qui la présenta au Festival du film de Telluride en 1992, puis l’année suivante au Festival international du film de San Francisco où elle suscita l’enthousiasme de Francis Ford Coppola et de Martin Scorsese qui en parrainèrent une ressortie mondiale.

Un poème cinématographique

Co-écrit par le poète russe Evgueni Evtouchenko le film est servi par la mise en scène virtuose de Kalatozov et de son chef opérateur Sergueï Ouroussevski. Pour leur quatrième collaboration les deux hommes décident de pousser les mouvements de caméra vers des sommets jamais atteints. Développant des trésors de machinerie encore difficilement explicables, soixante ans après et ce bien avant l’invention de la steady-cam, cable-cam et des caméras légères. Certains plans séquences des deux hommes atteignent de tels niveaux de perfection qu’ils traumatisèrent une ribambelle de cinéastes (de Gaspar Noé et son obsession du plan séquence, à Paul Thomas Anderson refaisant le plan se terminant dans la piscine dans son Boogie Night) inscrivant le film comme l’un des monuments indispensables de l’histoire du cinéma faisant même dire à Martin Scorsese « Si Soy Cuba avait pu être montré au public en 1964, le cinéma du Monde entier aurait été différent »

Une édition à la hauteur du film

Pour cette édition en haute définition, Potemkine a fait les choses en grand : une interview de Martin Scorsese datant de 2003. Des entretiens avec l’historien du cinéma François Albera sur Kalatozov, Ouroussevski, le contexte et la réception du film. Une analyse de séquence par l’enseignante chercheuse Eugénie Zvonkine. Un entretien avec la directrice de la photo Claire Mathon. Le film vu par le cinéaste Marocain Hicham Lasri. Un livret contenant les lettres envoyées par Sergueï Ouroussevski à sa femme pendant les repérages du film. Et surtout le documentaire brésilien de Vicente Ferraz Soy Cuba : Le Mammouth sibérien datant de 2004 sur la redécouverte du film.
Après la belle édition de Quand passent les cigognes en 2019, on attend à présent que Potemkine sorte La Lettre inachevée, film d’aventure sibérienne datant de 1960 et autre merveille du duo Kalatozov et Ouroussevski.

Soy Cuba (? — ????) de Mikhaïl Kalatozov, avec Sergio Corrieri, José Gallardo, Jean Bouise… Cuba/URSS – 1964 -141min. Combo DVD/Blu-ray chez Potemkine. Mathieu Ash.

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