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Le cavalier de la mort de Karen Shakhnazarov

23 février 2013 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Le cavalier de la mort – The rider named death

Un homme mystérieux d’une froideur glaciale, Georges, dirige la branche d’une section terroriste à Moscou dont le but est d’assassiner un personnage important. Georges a sous ses ordres quatre personnes fragiles et exaltées qui poursuivent toutes des motifs différents en ayant choisi de devenir terroristes. Tentative sur tentative d’assassinats se succèdent, le personnage de Georges apparaît de plus en plus démoniaque et implacable. Il est obsédé par cet assassinat et à mesure que l’on avance dans le temps, plus rien d’autre ne compte pour lui…

Karen Shakhnazarov est un réalisateur russe qui a souvent scénarisé et produit lui-même ses films. Sa carrière qui s’étend de 1984, date de son premier long métrage: We Are from Jazz, à aujourd’hui, White Tiger en 2012, est hélas très méconnue en France. Avec cette parution en Dvd , c’est l’occasion de découvrir et de redécouvrir un réalisateur singulier à l’œuvre très engagée, voir aussi nos articles sur L’assassin du tsar et sur L’empire perdu du même réalisateur, également sortis en Dvd par Christian Verneau.

Comme dans les autres films de Karen Shakhnazarov, la fiction cite un passage de la Bible, cette fois ci à la fin, qui correspond à ce qu’a été l’intrigue: nous avons suivi le parcours d’un être démoniaque qui semble n’avoir surgi des Enfers que pour accomplir le Mal sur Terre. Dès les premières scènes précédant le générique, le réalisateur nous plonge dans une atmosphère d’époque sous tension: 1906, les révolutions sont en marche, la terreur règne derrière les façades sereines, la beauté des visages et des décors sublimes. Les plans séquences audacieux sont fignolés dans les moindres détails. Le premier, qui nous présente l’antihéros et qui nous conduit dans un carnaval de masques est brillantissime. Le film nous fait découvrir deux univers en parallèle: celui de la froideur, de la mort, de la terreur et du fanatisme et celui du faste, de la légèreté et de la gaité très coloré véhiculé par le french cancan, l’opéra, les premières voitures sans chevaux, les premiers indices de la modernité, modernité merveilleuse pour ce qui est des voitures et horrible pour ce qui est de la possibilité de fabriquer une bombe soi-même. Autour de ce rôle central pilier du film gravitent cinq personnages importants: deux femmes que tout oppose, l’une supplie et l’autre impose et trois hommes l’un saisi de fanatisme religieux, l’autre de vengeance et le dernier, l’étudiant, ayant soif de faire partie de l’Histoire de son pays. Inspiré d’une histoire vraie, ce récit assez horrible est néanmoins fascinant à chaque seconde, très stylisé et même presque maniéré, la direction d’acteurs est exceptionnelle comme toujours chez ce réalisateur. Nous remarquons que la décadence de la Russie et l’égarement des personnages qui ne savent pas ce qu’ils doivent faire de leurs vies sont des thèmes récurrents chers à cet auteur, qui est incontournable dans le cinéma russe moderne. Les trois films de lui qui viennent de sortir en Dvd nous parlent tous d’un passé qui rejoint bien notre présent.

Un film magnifique, poignant, qui nous fait réfléchir sur l’Histoire et sur les motivations de l’individu.

 

Russie – 2004 – Mosfilm – Réalisation : Karen Shakhnazarov – Avec Rostislav Bershauer, Dmitri Dyuzhev, Andrey Panin, Ksenia Rappoport, Artiom Semakin, Valery Storozhik – Histoire originale de Boris Savinkov d’après son roman – Scénario : Karen Shakhnazarov et Alexandre Borodyanski – Musique: Anatoli Kroll -Sélection Officielle Quinzaine du Cinéma Russe Strasbourg 2011 – Sélection Officielle Festival du Cinéma Russe Honfleur – Sélection Officielle Festival d’Art Russe Cannes – Sélection Officielle Festival du Film Russe Vesna Paris 2011 – Edition Dvd: Christian Verneau R & D Média – visuels (c): Christian Verneau éditions R & D Média – Distributeur: Zylo – sortie DVD: 2 novembre 2012 – 17, 20 euros

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