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De 1937 à nos jours : que sont devenus les monstres de nos dessins animés ?

De 1937 à nos jours : que sont devenus les monstres de nos dessins animés ?

03 mai 2013 | PAR Juliette Hebbinckuys

 

Depuis toujours, les monstres peuplent l’imaginaire de chacun d’entre nous. L’enfant qu’on a été se souvient probablement de la grosse bête noire qui pouvait se cacher sous notre lit, et qui attendait avec impatience que la nuit tombe pour pouvoir venir nous dévorer. Tant d’électricité dépensée à garder une lumière allumée, pour que nos cauchemars ne viennent pas se mêler à l’obscurité de notre chambre. Mais d’où viennent ces monstres ? Pas des dessins animés, en tout cas… Car à l’exception de Tim Burton, rares sont ceux qui vous proposent d’horribles bêtes à trois têtes, des vampires assoiffés de sang ou des zombies revenus d’entre les morts. Retour sur ces films d’animation qui nous montrent des monstres là où on ne s’y attend pas…

Il serait impossible de parler de dessins animés sans parler de Walt Disney : ce nom connu de tous regroupe pas moins de 36 classiques du genre, de la fin des années 30 à nos jours. Pourtant, si l’on observe attentivement cette longue liste, très peu de films laissent la part belle aux monstres horribles et terrifiants. Hormis peut être « Fantasia » sorti en 1940, qui avec sa dernière séquence sur le mont chauve nous montre le démon Chernabog et ses revenants,  la plupart des Disney ne s’attardent pas sur la créature monstrueuse, mais plutôt sur le monstre qui existe chez l’être humain. Ainsi, dès 1937 avec « Blanche neige et les 7 nains », c’est la belle mère de Blanche Neige, et sa jalousie, qui essaieront de causer sa perte. De même qu’avec « Pinocchio »(1940), « Dumbo » (1941), « Bambi »(1942), « Cendrillon » (1950), « Peter Pan »(1953), ou « les 101 dalmatiens » (1961), entre autres, c’est toujours l’Homme et son coté sombre qui est dénoncé. Ici, pas de bêtes maléfiques, mais la dénonciation du mal par ce qui nous touche et nous semble plus proche de nous.  D’ailleurs, hormis « Les aventures de Winnie l’ourson » sorti en 1977, puis « Le roi Lion » sorti en 1994, tous les classiques de Disney considèrent à un moment donné la menace humaine. Il faut attendre 1989 et la sortie du film « La petite sirène » pour voir débarquer un monstre. Mais même si dans la mythologie une sirène est considérée comme tel, ce n’est pas Ariel qui est véritablement considérée comme monstrueuse, mais Ursula, une sorcière aux tentacules de pieuvre, qui par sa jalousie, tentera de tout mettre en œuvre pour l’empêcher d’accomplir ses rêves. Une fois de plus, même si l’image du monstre est bien présente, c’est également le comportement qui est monstrueux. A l’inverse, dans « La belle et la bête » sorti en 1991, la bête n’est pas forcément celle qu’on croit. C’est la bonté et l’absence de préjugés de Belle qui aideront la bête à être quelqu’un de bien. Et comme toujours, c’est l’homme (ici Gaston), qui est remis en cause par son comportement abject. L’exemple le plus flagrant donné par Disney reste d’ailleurs « Le bossu de Notre Dame »(1996), adapté du roman « Notre Dame de Paris » de Victor Hugo. Quasimodo, qui est pourtant un homme, est considéré comme un monstre, alors que l’histoire nous prouve que son humanité est bien plus forte que celle d’une foule.

Il faut donc attendre 1993 et l’arrivée de « L’étrange Noël de Monsieur Jack », pour qu’un dessin animé grand public se décide enfin à montrer d’étranges créatures. Sur une idée originale de Tim Burton, l’histoire raconte la vie de Jack, un épouvantail squelettique lassé de célébrer Halloween, et qui découvre Noël. Il décide alors de changer le cours des choses, et de remplacer le père Noël. Mais ce qui peut apparaître comme un beau cadeau pour un habitant de la ville d’Halloween (crânes, araignée, serpent…) est un véritable cauchemar pour un enfant normal. Squelettes, fantômes, sorcières, revenants, tout y est, en opposition claire aux films d’animation traditionnels. Mais outre le coté macabre du scénario, Tim Burton cherche avant tout à faire passer un message de tolérance : ce qui est normal pour quelqu’un ne l’est pas forcément pour d’autres. En 1997, un autre classique de Disney propose aux enfants de découvrir de drôles de bêtes : c’est « Hercule ». Directement inspiré des mythologies grecque et romaine, l’histoire de ce personnage mi-homme mi-dieu est peuplée de centaures, satyres, titans ou monstre à trois têtes. Mais le résultat est plutôt gentillet, et il faudra attendre le retour de Burton en 2005 avec « Les noces funèbres » pour que ce genre de film d’animation refasse son apparition. C’est d’ailleurs encore lui, qui en 2012, adapta son court métrage « Frankenweenie », pour le grand écran. A l’heure actuelle, il apparait comme un des seuls réalisateurs qui réussit à faire connaitre des dessins animés un peu lugubres au grand public.

Mais le réel changement dans le rapport aux monstres intervient dans les années 2000, et plus exactement en 2001. C’est tout d’abord l’année de la sortie du génialissime « Monstres et Cie », film d’animation des studios Pixar en image de synthèse. L’histoire se déroule à Monstropolis, ville peuplée de toutes sortes de créatures, où l’énergie est produite par une usine qui traite les cris des enfants. Les monstres doivent donc se rendre chaque jour dans le placard des enfants du monde entier, afin de venir leur faire peur pendant la nuit. Seulement, on réalise vite que de leur point de vue, ce sont les enfants qui sont nocifs ! Il ne faut surtout pas les toucher, car les humains sont toxiques. Mais les certitudes de Sulli, le héros du film, et de son acolyte Bob Rasowski, vont être mises à mal lorsqu’une petite fille va faire irruption dans leur vie, et qu’ils vont réaliser que les enfants ne sont pas si méchants. Avec ce dessin animé drôle et touchant, les monstres n’apparaissent plus pour les enfants comme d’ignobles bêtes noires, mais plutôt comme de drôles de personnages colorés et sympathiques. 2001, c’est aussi la sortie de « Shrek » par les studios DreamWorks. Ici aussi, l’histoire nous montre un personnage atypique, un ogre vert mal poli et un peu dégoutant, mais qui apparait pourtant comme le héros singulier d’un film qui connaitra 3 suites ! Afin de surfer sur la vague, Disney sort en 2002 le film « Lilo et Stitch », récit d’une amitié entre une orpheline et un fugitif extra-terrestre. Si ce dernier se révèle vorace et indomptable, il en ressort malgré tout que l’on finit par s’attacher à ce drôle de monstre. En 2009, c’est au tour de « Dragons », autre film d’animation de DreamWorks, de démontrer que les bêtes que l’on croyait hostiles sont en fait capables de devenir les meilleures amies de l’homme. Toujours en 2009, Universal choisit de nous montrer une version différentes de drôles de monstres : dans « Moi, moche et méchant » le personnage de Gru est entouré de Minions, de petits personnages jaunes en forme de pilule. Mais contrairement à leur propriétaire, ceux-ci se révèlent joviaux, gentils, et surtout attachants. Enfin, la France propose en 2011 sa vision du monstre avec « Un monstre à Paris », de Bibo Bergeron. Ici, la créature monstrueuse n’est autre qu’une pauvre puce qu’un engrais a fait grandir jusqu’à taille humaine. Non seulement Francoeur n’est pas méchant, mais en plus c’est un très bon chanteur et musicien…

Il apparait avec ces différents exemples que l’idée du monstre a profondément muté depuis l’apparition du dessin animé. La créature monstrueuse, tout d’abord inexistante, s’est transformée en ami, en animal de compagnie, voir en star. Les grands classiques de WaltDisney, longtemps inspirés de contes pour enfants, se devaient d’instruire une morale aux plus petits et de dénoncer la noirceur de l’Homme. Aujourd’hui, les studios d’animation bénéficient d’une plus grande liberté d’imagination, et les bambins ne veulent plus forcément d’un schéma classique du prince et de la princesse, où « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». On voit donc apparaitre depuis maintenant une dizaine d’années une nouvelle forme de film d’animation, moins naïve mais peut être plus aboutie, où n’importe qui peut désormais devenir un héros. Même un monstre…

Retrouvez tout le dossier « Monstres » ici.

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Juliette Hebbinckuys

One thought on “De 1937 à nos jours : que sont devenus les monstres de nos dessins animés ?”

Commentaire(s)

  • le dessin animé et ses symboles c’est passionnant! L’article est riche en informations et vraiment intéressant!

    mai 4, 2013 at 12 h 37 min

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