Cinema

Looking for Eric : Une comédie qui se prend trop au sérieux

31 mai 2009 | PAR Gilles Herail

looking-for-eric-image-1-grand-formatLabellisé coup de cœur, bénéficiant d’une idée de départ originale et de critiques dithyrambiques, Looking for Eric sonne comme une petite déception. La sauce ne prend pas dans ce long métrage qui manque singulièrement de cohérence, comme si Ken Loach n’avait su aller jusqu’au bout de son envie affichée d’optimisme.

Ne vous laissez pas tromper par l’affiche et la bande annonce, le film n’est pas de bout en bout une simple comédie opposant Cantona à Steve Evets. Le début du film confirme pourtant ce que l’on nous avait vendu. Eric, postier au bout du rouleau, ne sait plus comment s’en sortir. Ses collègues tentent le tout pour le tour dans une séance de psychologie collective haute en couleur, où chaque larron  pense à un sauveur qui pourrait le guider. Sorti droit de l’imagination du héros, Cantona apparaît alors, plus charismatique que jamais. Les scènes (pas si nombreuses) où les deux personnages dialoguent s’avèrent les plus réussies : Cantona prend un malin plaisir à enchainer ses citations philosophiques à deux pence, en anglais et en français, pour coacher l’autre Eric (le fan) et le remettre dans le droit chemin.

Ken Loach n’arrive cependant pas à se détacher d’un style certes personnel mais un brin répétitif. Au lieu de jouer à fond la carte de la comédie, il se perd dans la description d’une situation sociale critique et d’une spirale infernale où le fils ainé ne sait plus comment échapper à l’emprise de son gang. Habitué au genre, Ken Loach maitrise parfaitement  l’évolution des enjeux dramatiques et dresse des portraits toujours très humains. Mais le spectateur ne sait plus trop sur quel pied danser, au fil de ruptures de ton trop brutales entre pure comédie et drame social très (trop) appuyé.
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On nous promettait un film sur Cantona, la passion du foot, et l’espoir. On retrouve un film social, ne lésinant pas sur le pathos, entrecoupé de scènes très drôles mais parfois totalement hors sujet. La scène finale, jouissive,  rattrape le tout dans un moment de solidarité fantasque et bienvenu où le « méchant » est remis à sa place par un group de supporters masqués (en Cantona bien sûr). On imagine alors ce qu’aurait pu être le film, entre la folie comique de Louise Michel ou le portrait tendre de la troupe de bras cassés de la très très grande entreprise.

Ken Loach n’a pas su se défaire de ce qui a fait son cinéma dans ce film qui reste toujours entre deux eaux. Là où avec just a kiss, il s’était ouvert à un autre genre, la comédie romantique, il ne réussit ici pas totalement à transmettre le message humaniste et positif qu’il voulait faire passer.

Gilles Hérail

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