Cinema

[Critique] « La Volante », exercice de style brillant mais qui laisse un peu de marbre

[Critique] « La Volante », exercice de style brillant mais qui laisse un peu de marbre

26 août 2015 | PAR Matthias Turcaud

Thriller sec et froid impeccablement joué et réalisé, La Volante remplit son cahier de charges, mais peine à aller vraiment au-delà. 

[rating=2]

Chronique de la vengeance d’une mère possessive dépossédée de son fils par un homicide involontaire, La Volante rappelle dans sa ligne droite et la prévisibilité de son scénario la citation de Lamartine à propos de la tragédie dans la Lettre à Lord *** : « Toute tragédie était une catastrophe et un dénouement déjà mûr au lever du rideau qui ne tenait plus qu’à un fil et n’avait plus qu’à tomber. »

C’est indéniablement un produit soigné, d’un point de vue formel grâce au travail – notamment chromatique, avec une absence totale de couleurs chaudes – garanti par le chef opérateur Nicolas Massart, comme d’un point de vue de l’écriture – le tandem composé par Christophe Ali et Nicolas Bonilauri a en effet été secondé par deux écrivains, dont le talentueux dramaturge Philippe Blasband, pour, à l’arrivée, un film marqué par la concision : voir sa durée modeste d’1h27.

Dans l’établissement d’une tension, on peut également noter la contribution précieuse de l’ingénieur du son Philippe Köhm, restituant fidèlement chaque bruit dans des scènes a priori anodines devenant tout à coup habitées d’une intensité dramatique notoire, comme lorsque Marie-France, mère blessée et secrétaire vengeresse, offre une chemise à l’urbaniste pour lequel elle travaille et qui n’est personne d’autre que l’homme qui a tué son fils neuf ans plus tôt.

Dans le rôle de cette femme castratrice et vengeresse sous couvert d’affabilité, Nathalie Baye fait des étincelles – notons qu’on ne l’avait pas encore vraiment vu dans ce registre, et que ce personnage vient enrichir sa filmographie de manière bienvenue. A ses côtés, Malik Zidi, qu’on avait pu apprécier déjà dans Gouttes d’eau sur pierre brûlantes ou encore Les Amitiés Maléfiques, s’avère également irréprochable.

Néanmoins, à l’arrivée on se retrouve tout de même face à un objet assez froid. Tout cela a beau être irréprochable, impeccable, bien fait, son intérêt reste limité, et La Volante se laisse malheureusement réduire à un exercice de style somme toute assez convenu et un peu trop nourri de références cinématographiques – à Hitchcock notamment.

La Volante, un thriller français réalisé par Christophe Ali et Nicolas Bonilauri, 1h27, sorti le 2 septembre 2015.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc.Contact : [email protected]

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