Cinema

Critique de Brothers : une famille américaine face à la perte d’un soldat

23 décembre 2009 | PAR Gilles Herail

Avec pourtant un casting solide (Portman, Gyllenhaal et Maguire), Brothers n’a pas su trouver son public aux Etats-Unis. L’échec est compréhensible pour ce film indépendant intimiste qui aborde avec sensibilité un sujet toujours tabou pour le public américain : l’impact de l’envoi d’un soldat à l’étranger sur la vie d’une famille lambda.

[rating=2]

Le réalisateur, Jim Sheridan, s’est inspiré d’un film danois qui reprenait la même histoire. Jack Gyllenhaal incarne le « raté » de la famille, un délinquant alcoolique sortant tout juste de prison qui souffre de la comparaison avec son frère, Tobey Maguire, père de famille modèle et combattant patriote. L’équilibre familial est rompu du jour au lendemain quand le personnage de Maguire est porté disparu après le crash de son hélicoptère en Afghanistan. Enlevé par des troupes islamistes, il est finalement libéré quelques mois plus tard et son retour remet en cause le deuil d’une famille profondément transformée, où le second frère a petit à petit pris sa place. Le scénario permet d’aborder une variété de thèmes très contemporains et d’apporter un éclairage intéressant sur les douleurs des familles américaines, affectées par l’envoi d’un des leurs sur les théâtres irakiens ou afghans. Jim Sheridan réussit avec plus ou moins de succès un numéro d’équilibriste, entre mélodrame familial sirupeux et analyse psychologique des troubles provoqués par le retour d’un soldat traumatisé.

Brothers centre son portrait sur ces deux frères que tout semble séparer : cette opposition un peu grossière permet d’exposer l’impact de l’attente et du deuil sur une famille sans histoire. Souffrant d’un certain conformisme et d’une interprétation excessive de Tobey Maguire, pas toujours crédible en mort vivant rongé par la culpabilité et incapable de retrouver sa place de père, Brothers déçoit vite au regard de ses ambitions. Le film est toutefois très recommandable grâce à la vision très juste qu’il donne d’une certaine réalité très américaine. Le choix d’une famille de classe moyenne, croyante, vivant dans un pavillon de banlieue trouvera surement ses détracteurs pour un public français peu friand des valeurs de l’Amérique conservatrice. C’est au contraire tout l’intérêt du film qui montre comment la tension créée par le deuil puis le retour du soldat disparu fait imploser un cadre consensuel et rassurant, créant des cicatrices impossibles à refermer.

Malgré une fin ouverte faussement positive, le film dégage une noirceur et un pessimisme inquiétants. Le souvenir des deux guerres mondiales et surtout du Vietnam, incarné par le personnage du grand père vétéran est extrêmement présent et rappelle les blessures d’une Amérique qui n’a jamais été en paix. Brothers n’est donc pas en soi un film politique et ne dénonce aucune situation. Ses ambitions sont plus modestes : dépeindre sans juger les conséquences des traumatismes d’un soldat sur son environnement familial, à hauteur d’homme. Malgré de trop nombreux clichés et un jeu parfois outrancier, la qualité des seconds rôles (des petites filles impressionantes de maturité) permet de distiller des moments très justes autour d’une tension en crescendo. Un film imparfait mais témoin de son époque.

Gilles Hérail

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